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OULED ALI Zineb, Maître de conférences (A), U. de Ghardaïa- Algérie

 



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence... en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 



En France je pouvais enfin suivre mes propres rêves. Manger à ma propre table. Ce n’est pas qu’une image. Je me souviens de la première fois où je m’étais attablé à la terrasse d’un bistrot, sous un auvent. À Marseille, peu après l’arrivée du bateau, avant de prendre le train pour Montpellier. La table était petite, en bois épais, et gardait des traces de canif. Je m’étais dit : le bonheur ! Le bonheur d’être ailleurs ! Le bonheur de n’être pas assis à la table familiale !



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 



À Haïfa, le mariage d’Ossyane et Clara était l’occasion de réunir Juifs et Arabes, malgré le contexte de la guerre arabo-israélienne : « Le monde entier était résigné à voir Arabes et Juifs s’entre-tuer pendant des décennies, des siècles peut-être, tout le monde s’était fait une raison, les Anglais et les Soviétiques, les Américains et les Turcs… tout le monde à l’exception de nous deux, et de quels rêveurs comme nous. Nous voulions empêcher ce conflit… » .



La symbolique du titre du roman, s’ajoute à ces valeurs réconciliatrices ; il désigne les lieux où se confinent l’Orient et l’Occident : la France et la Montagne du Liban. Les deux espaces représentent un exemple parfait du métissage culturel et identitaire. La France et ses villes ont été, au long du récit, des lieux de rencontre des générations et des cultures différentes. Dès le début du roman, Paris marque la rencontre d’un journaliste libanais et Ossyaneen juin 1976: « il [Ossyane] avait sa photo dans mon manuel d’histoire.»À Marseille, Ossyane goûte pour la première fois sa liberté, c’est là où il réalisera ses rêves de jeunesse, loin de l’Orient :



En France je pouvais enfin suivre mes propres rêves. Manger à ma propre table. Ce n’est pas qu’une image. Je me souviens de la première fois où je m’étais attablé à la terrasse d’un bistrot, sous un auvent. À Marseille, peu après l’arrivée du bateau, avant de prendre le train pour Montpellier. La table était petite, en bois épais, et gardait des traces de canif. Je m’étais dit : le bonheur ! Le bonheur d’être ailleurs ! Le bonheur de n’être pas assis à la table familiale !



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 



Cette scène qui était si gênante pour Ossyane est finie par être arrangée, quand son père les ai traités « en humains » ; et contrairement au prévu, Mahmoud et Stefan sont « partis ensemble d’interminable éclat de rire… » ; et ils ont étonné tous les invités en adressant « à l’unisson, un petit geste de leurs verres relevés » manifestant leur entente et leur consentement pour ce mariage.



À Haïfa, le mariage d’Ossyane et Clara était l’occasion de réunir Juifs et Arabes, malgré le contexte de la guerre arabo-israélienne : « Le monde entier était résigné à voir Arabes et Juifs s’entre-tuer pendant des décennies, des siècles peut-être, tout le monde s’était fait une raison, les Anglais et les Soviétiques, les Américains et les Turcs… tout le monde à l’exception de nous deux, et de quels rêveurs comme nous. Nous voulions empêcher ce conflit… » .



La symbolique du titre du roman, s’ajoute à ces valeurs réconciliatrices ; il désigne les lieux où se confinent l’Orient et l’Occident : la France et la Montagne du Liban. Les deux espaces représentent un exemple parfait du métissage culturel et identitaire. La France et ses villes ont été, au long du récit, des lieux de rencontre des générations et des cultures différentes. Dès le début du roman, Paris marque la rencontre d’un journaliste libanais et Ossyaneen juin 1976: « il [Ossyane] avait sa photo dans mon manuel d’histoire.»À Marseille, Ossyane goûte pour la première fois sa liberté, c’est là où il réalisera ses rêves de jeunesse, loin de l’Orient :



En France je pouvais enfin suivre mes propres rêves. Manger à ma propre table. Ce n’est pas qu’une image. Je me souviens de la première fois où je m’étais attablé à la terrasse d’un bistrot, sous un auvent. À Marseille, peu après l’arrivée du bateau, avant de prendre le train pour Montpellier. La table était petite, en bois épais, et gardait des traces de canif. Je m’étais dit : le bonheur ! Le bonheur d’être ailleurs ! Le bonheur de n’être pas assis à la table familiale !



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 



Ma fille disposait désormais d’un passeport au nom de Christine, mais avec sa propre photo, elle pouvait enjamber les frontières sans que personne puisse soupçonner son vrai nom, sa nationalité, ou sa ville natale. Quant à son amie, en rupture d ban avec sa famille, cela l’amusait de se défaire pour quelques temps d’un patronyme étouffant pour assumer l’identité d’une fille à la fois musulmane et juive.



Outre l’amitié, l’amour qui unissait Ossyane et Clara s’offre comme une belle opportunité pour développer un discours interculturel et intercommunautaire voire interreligieux, en Orient: « Nous voulions que notre amour soit le symbole d’une autre voie. »Ossyane épouse Clara avec la bénédiction de son père et son oncle Stefan. La fête de leur mariage était l’occasion de réconcilier les irréconciliables, Stefan le Juif installé récemment en Palestine, et Mahmoud, le Palestinien de Haïfa :



Qu’on imagine la scène : d’un côté Mahmoud, fils d’une grande famille musulmane de Haïfa, qui avait dû quitter sa ville à cause de la tension qui y régnait entre Arabes et Juifs, et qui pressentait déjà qu’il ne pourrait probablement plus y retourner ; de l’autre côté Stefan. Juif d’Europe centrale, venu précisément s’installer dans cette même ville ; tous deux proches des nouveaux mariés.



Cette scène qui était si gênante pour Ossyane est finie par être arrangée, quand son père les ai traités « en humains » ; et contrairement au prévu, Mahmoud et Stefan sont « partis ensemble d’interminable éclat de rire… » ; et ils ont étonné tous les invités en adressant « à l’unisson, un petit geste de leurs verres relevés » manifestant leur entente et leur consentement pour ce mariage.



À Haïfa, le mariage d’Ossyane et Clara était l’occasion de réunir Juifs et Arabes, malgré le contexte de la guerre arabo-israélienne : « Le monde entier était résigné à voir Arabes et Juifs s’entre-tuer pendant des décennies, des siècles peut-être, tout le monde s’était fait une raison, les Anglais et les Soviétiques, les Américains et les Turcs… tout le monde à l’exception de nous deux, et de quels rêveurs comme nous. Nous voulions empêcher ce conflit… » .



La symbolique du titre du roman, s’ajoute à ces valeurs réconciliatrices ; il désigne les lieux où se confinent l’Orient et l’Occident : la France et la Montagne du Liban. Les deux espaces représentent un exemple parfait du métissage culturel et identitaire. La France et ses villes ont été, au long du récit, des lieux de rencontre des générations et des cultures différentes. Dès le début du roman, Paris marque la rencontre d’un journaliste libanais et Ossyaneen juin 1976: « il [Ossyane] avait sa photo dans mon manuel d’histoire.»À Marseille, Ossyane goûte pour la première fois sa liberté, c’est là où il réalisera ses rêves de jeunesse, loin de l’Orient :



En France je pouvais enfin suivre mes propres rêves. Manger à ma propre table. Ce n’est pas qu’une image. Je me souviens de la première fois où je m’étais attablé à la terrasse d’un bistrot, sous un auvent. À Marseille, peu après l’arrivée du bateau, avant de prendre le train pour Montpellier. La table était petite, en bois épais, et gardait des traces de canif. Je m’étais dit : le bonheur ! Le bonheur d’être ailleurs ! Le bonheur de n’être pas assis à la table familiale !



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 



À ces personnages principaux, s’ajoutent d’autres secondaires comme Noubar et son fils Aram, qui, à cause de la haine et la guerre grandissantes en Orient, choisissent l’exil, d’abord au Liban, puis en Amérique.



Ajoutons à ces personnages frontaliers,  les rapports des amitiés et amoursqui viennent pour consolider les valeurs interculturelles des personnages maaloufiens. D’abord l’amitié entre le père d’Ossyane et Noubar, son maître de science ; ils ont formé avec d’autres passionnés de la photographie « le Cercle Photographe » ; cette passion commune devient par la suite la cause de leur exil au Liban pour vivre en paix avec son ami, surtout dans un contexte de la discrimination ottomane exercée sur les Arméniens, en Turquie. De plus, Noubar épouse la fille unique, et le seul bien,de son ami intime. Donc, l’amitié devient une issue certaine d’une situation culturelle et identitaire humiliante. D’autre part, le père d’Ossyane emprisonné, suite au scandale familial causé par Salem, sera libéré grâce à son ami français, le colonel d’Héloire. De sa part, Ossyanedevient un héros de la Résistance grâce à la connaissance de Bertrand. Et c’est par l’intermédiairede Bertrand que Nadia a pu s’informerdu passé glorieux de son père, et décide de le  sauver. Après la fuite d’Ossyane de l’asile psychiatrique, Bertrand lui a facilité son passage en France afin de retrouver Clara, son amour perdu.



Un autre ami qui a rendu beaucoup de services à Ossyane, c’était Jacques-des-faux- papiers ; grâce à qui Ossayne a pu avoir une nouvelle identité pour échapper à la gendarmerie, puis, de la prison quand Jacques-des-faux- papiers. Ce même ami a aidé Ossyane et Clara à arranger leur mariage, à Paris.À Haïfa, Ossyane s’est lié d’amitié avec un autre personnage appelé Naïm, un industriel ruiné d’Alep, un membre du groupe PAJUW, et dont la maison était un habitat favorable pour Ossyane et Clara, pendant leurs déplacements, entre Beyrouth et Haïfa.



Quant à Nadia, elle a trouvé dans Christine la meilleure confidente dans ses malheurs Christine prête, joyeusement, son identité pour aider son amie à exécuter son plan de voir son père et le reconquérir:



Ma fille disposait désormais d’un passeport au nom de Christine, mais avec sa propre photo, elle pouvait enjamber les frontières sans que personne puisse soupçonner son vrai nom, sa nationalité, ou sa ville natale. Quant à son amie, en rupture d ban avec sa famille, cela l’amusait de se défaire pour quelques temps d’un patronyme étouffant pour assumer l’identité d’une fille à la fois musulmane et juive.



Outre l’amitié, l’amour qui unissait Ossyane et Clara s’offre comme une belle opportunité pour développer un discours interculturel et intercommunautaire voire interreligieux, en Orient: « Nous voulions que notre amour soit le symbole d’une autre voie. »Ossyane épouse Clara avec la bénédiction de son père et son oncle Stefan. La fête de leur mariage était l’occasion de réconcilier les irréconciliables, Stefan le Juif installé récemment en Palestine, et Mahmoud, le Palestinien de Haïfa :



Qu’on imagine la scène : d’un côté Mahmoud, fils d’une grande famille musulmane de Haïfa, qui avait dû quitter sa ville à cause de la tension qui y régnait entre Arabes et Juifs, et qui pressentait déjà qu’il ne pourrait probablement plus y retourner ; de l’autre côté Stefan. Juif d’Europe centrale, venu précisément s’installer dans cette même ville ; tous deux proches des nouveaux mariés.



Cette scène qui était si gênante pour Ossyane est finie par être arrangée, quand son père les ai traités « en humains » ; et contrairement au prévu, Mahmoud et Stefan sont « partis ensemble d’interminable éclat de rire… » ; et ils ont étonné tous les invités en adressant « à l’unisson, un petit geste de leurs verres relevés » manifestant leur entente et leur consentement pour ce mariage.



À Haïfa, le mariage d’Ossyane et Clara était l’occasion de réunir Juifs et Arabes, malgré le contexte de la guerre arabo-israélienne : « Le monde entier était résigné à voir Arabes et Juifs s’entre-tuer pendant des décennies, des siècles peut-être, tout le monde s’était fait une raison, les Anglais et les Soviétiques, les Américains et les Turcs… tout le monde à l’exception de nous deux, et de quels rêveurs comme nous. Nous voulions empêcher ce conflit… » .



La symbolique du titre du roman, s’ajoute à ces valeurs réconciliatrices ; il désigne les lieux où se confinent l’Orient et l’Occident : la France et la Montagne du Liban. Les deux espaces représentent un exemple parfait du métissage culturel et identitaire. La France et ses villes ont été, au long du récit, des lieux de rencontre des générations et des cultures différentes. Dès le début du roman, Paris marque la rencontre d’un journaliste libanais et Ossyaneen juin 1976: « il [Ossyane] avait sa photo dans mon manuel d’histoire.»À Marseille, Ossyane goûte pour la première fois sa liberté, c’est là où il réalisera ses rêves de jeunesse, loin de l’Orient :



En France je pouvais enfin suivre mes propres rêves. Manger à ma propre table. Ce n’est pas qu’une image. Je me souviens de la première fois où je m’étais attablé à la terrasse d’un bistrot, sous un auvent. À Marseille, peu après l’arrivée du bateau, avant de prendre le train pour Montpellier. La table était petite, en bois épais, et gardait des traces de canif. Je m’étais dit : le bonheur ! Le bonheur d’être ailleurs ! Le bonheur de n’être pas assis à la table familiale !



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 



Du mariage d’Ossyane et Clara, est née Nadia dont l’identité est une fierté qu’elle porte, mais difficilement, elle doit vivre son identité paradoxale, dans un contexte oriental affaibli par la guerre entre Musulmanset Juifs ; Nadia est un être frontalier par excellence :« Oui, parfaitement, musulmane et juive ! Moi, son père, je suis musulman, du moins sur le papier ; sa mère est juive, du moins en théorie. Chez nous la religion ne se transmet par le père ; chez les juifs, par la mère. Nadia était donc musulmane aux yeux des musulmans, et juive aux yeux des juifs »Désespérée, enfin, de cet Orient en guerres interminables, Nadia le quitte pour poursuivre ses études en France, puis elle s’est mariée et s’est installée au Brésil.



À ces personnages principaux, s’ajoutent d’autres secondaires comme Noubar et son fils Aram, qui, à cause de la haine et la guerre grandissantes en Orient, choisissent l’exil, d’abord au Liban, puis en Amérique.



Ajoutons à ces personnages frontaliers,  les rapports des amitiés et amoursqui viennent pour consolider les valeurs interculturelles des personnages maaloufiens. D’abord l’amitié entre le père d’Ossyane et Noubar, son maître de science ; ils ont formé avec d’autres passionnés de la photographie « le Cercle Photographe » ; cette passion commune devient par la suite la cause de leur exil au Liban pour vivre en paix avec son ami, surtout dans un contexte de la discrimination ottomane exercée sur les Arméniens, en Turquie. De plus, Noubar épouse la fille unique, et le seul bien,de son ami intime. Donc, l’amitié devient une issue certaine d’une situation culturelle et identitaire humiliante. D’autre part, le père d’Ossyane emprisonné, suite au scandale familial causé par Salem, sera libéré grâce à son ami français, le colonel d’Héloire. De sa part, Ossyanedevient un héros de la Résistance grâce à la connaissance de Bertrand. Et c’est par l’intermédiairede Bertrand que Nadia a pu s’informerdu passé glorieux de son père, et décide de le  sauver. Après la fuite d’Ossyane de l’asile psychiatrique, Bertrand lui a facilité son passage en France afin de retrouver Clara, son amour perdu.



Un autre ami qui a rendu beaucoup de services à Ossyane, c’était Jacques-des-faux- papiers ; grâce à qui Ossayne a pu avoir une nouvelle identité pour échapper à la gendarmerie, puis, de la prison quand Jacques-des-faux- papiers. Ce même ami a aidé Ossyane et Clara à arranger leur mariage, à Paris.À Haïfa, Ossyane s’est lié d’amitié avec un autre personnage appelé Naïm, un industriel ruiné d’Alep, un membre du groupe PAJUW, et dont la maison était un habitat favorable pour Ossyane et Clara, pendant leurs déplacements, entre Beyrouth et Haïfa.



Quant à Nadia, elle a trouvé dans Christine la meilleure confidente dans ses malheurs Christine prête, joyeusement, son identité pour aider son amie à exécuter son plan de voir son père et le reconquérir:



Ma fille disposait désormais d’un passeport au nom de Christine, mais avec sa propre photo, elle pouvait enjamber les frontières sans que personne puisse soupçonner son vrai nom, sa nationalité, ou sa ville natale. Quant à son amie, en rupture d ban avec sa famille, cela l’amusait de se défaire pour quelques temps d’un patronyme étouffant pour assumer l’identité d’une fille à la fois musulmane et juive.



Outre l’amitié, l’amour qui unissait Ossyane et Clara s’offre comme une belle opportunité pour développer un discours interculturel et intercommunautaire voire interreligieux, en Orient: « Nous voulions que notre amour soit le symbole d’une autre voie. »Ossyane épouse Clara avec la bénédiction de son père et son oncle Stefan. La fête de leur mariage était l’occasion de réconcilier les irréconciliables, Stefan le Juif installé récemment en Palestine, et Mahmoud, le Palestinien de Haïfa :



Qu’on imagine la scène : d’un côté Mahmoud, fils d’une grande famille musulmane de Haïfa, qui avait dû quitter sa ville à cause de la tension qui y régnait entre Arabes et Juifs, et qui pressentait déjà qu’il ne pourrait probablement plus y retourner ; de l’autre côté Stefan. Juif d’Europe centrale, venu précisément s’installer dans cette même ville ; tous deux proches des nouveaux mariés.



Cette scène qui était si gênante pour Ossyane est finie par être arrangée, quand son père les ai traités « en humains » ; et contrairement au prévu, Mahmoud et Stefan sont « partis ensemble d’interminable éclat de rire… » ; et ils ont étonné tous les invités en adressant « à l’unisson, un petit geste de leurs verres relevés » manifestant leur entente et leur consentement pour ce mariage.



À Haïfa, le mariage d’Ossyane et Clara était l’occasion de réunir Juifs et Arabes, malgré le contexte de la guerre arabo-israélienne : « Le monde entier était résigné à voir Arabes et Juifs s’entre-tuer pendant des décennies, des siècles peut-être, tout le monde s’était fait une raison, les Anglais et les Soviétiques, les Américains et les Turcs… tout le monde à l’exception de nous deux, et de quels rêveurs comme nous. Nous voulions empêcher ce conflit… » .



La symbolique du titre du roman, s’ajoute à ces valeurs réconciliatrices ; il désigne les lieux où se confinent l’Orient et l’Occident : la France et la Montagne du Liban. Les deux espaces représentent un exemple parfait du métissage culturel et identitaire. La France et ses villes ont été, au long du récit, des lieux de rencontre des générations et des cultures différentes. Dès le début du roman, Paris marque la rencontre d’un journaliste libanais et Ossyaneen juin 1976: « il [Ossyane] avait sa photo dans mon manuel d’histoire.»À Marseille, Ossyane goûte pour la première fois sa liberté, c’est là où il réalisera ses rêves de jeunesse, loin de l’Orient :



En France je pouvais enfin suivre mes propres rêves. Manger à ma propre table. Ce n’est pas qu’une image. Je me souviens de la première fois où je m’étais attablé à la terrasse d’un bistrot, sous un auvent. À Marseille, peu après l’arrivée du bateau, avant de prendre le train pour Montpellier. La table était petite, en bois épais, et gardait des traces de canif. Je m’étais dit : le bonheur ! Le bonheur d’être ailleurs ! Le bonheur de n’être pas assis à la table familiale !



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 



Les enfants naissants de ce mariage: Iffett, Ossyane, Salem, reçoivent un enseignement libre comme celui de leur père, dans le but de former leur esprit révolutionnaire, pour devenir les leaders d’un Orient paradisiaque où tout le monde vivait en paix. Iffett se marie avec un banquier ottoman, originaire de Haïfa, de confession musulmane appelé Mahmoud, en premier temps, le couple habite en Egypte, puis il s’exile en Australie. Tandis que Salem était la honte de sa famille, il est devenu un contrebandier.



Quant à Ossyane, son destin était différent, il était le symbole des unions impossibles ; un Turc qui portait un surnom arménien (Bakou diminutif d’Abaka qui veut dire avenir), et un autre faux-prénom de guerre français, Picard (né d’une mère musulmane et d’un officier français).Il voyage d’abord en France pour faire ses études en médecine,et là-bas il fait la connaissance de Clara, une juive originaire de l’Autriche, rescapée des camps de concentrations nazis, et qui trouve refuge, en Suisse, puis en France, où elle adhère le mouvement clandestin de la Résistance. Après la deuxième guerre mondiale, Clara s’installe à Haïfa avec son oncle Stefan, et devient une militante dans le PAJUW, un groupe qui essaie de réconcilier entre les Arabes et les Juifs.



Du mariage d’Ossyane et Clara, est née Nadia dont l’identité est une fierté qu’elle porte, mais difficilement, elle doit vivre son identité paradoxale, dans un contexte oriental affaibli par la guerre entre Musulmanset Juifs ; Nadia est un être frontalier par excellence :« Oui, parfaitement, musulmane et juive ! Moi, son père, je suis musulman, du moins sur le papier ; sa mère est juive, du moins en théorie. Chez nous la religion ne se transmet par le père ; chez les juifs, par la mère. Nadia était donc musulmane aux yeux des musulmans, et juive aux yeux des juifs »Désespérée, enfin, de cet Orient en guerres interminables, Nadia le quitte pour poursuivre ses études en France, puis elle s’est mariée et s’est installée au Brésil.



À ces personnages principaux, s’ajoutent d’autres secondaires comme Noubar et son fils Aram, qui, à cause de la haine et la guerre grandissantes en Orient, choisissent l’exil, d’abord au Liban, puis en Amérique.



Ajoutons à ces personnages frontaliers,  les rapports des amitiés et amoursqui viennent pour consolider les valeurs interculturelles des personnages maaloufiens. D’abord l’amitié entre le père d’Ossyane et Noubar, son maître de science ; ils ont formé avec d’autres passionnés de la photographie « le Cercle Photographe » ; cette passion commune devient par la suite la cause de leur exil au Liban pour vivre en paix avec son ami, surtout dans un contexte de la discrimination ottomane exercée sur les Arméniens, en Turquie. De plus, Noubar épouse la fille unique, et le seul bien,de son ami intime. Donc, l’amitié devient une issue certaine d’une situation culturelle et identitaire humiliante. D’autre part, le père d’Ossyane emprisonné, suite au scandale familial causé par Salem, sera libéré grâce à son ami français, le colonel d’Héloire. De sa part, Ossyanedevient un héros de la Résistance grâce à la connaissance de Bertrand. Et c’est par l’intermédiairede Bertrand que Nadia a pu s’informerdu passé glorieux de son père, et décide de le  sauver. Après la fuite d’Ossyane de l’asile psychiatrique, Bertrand lui a facilité son passage en France afin de retrouver Clara, son amour perdu.



Un autre ami qui a rendu beaucoup de services à Ossyane, c’était Jacques-des-faux- papiers ; grâce à qui Ossayne a pu avoir une nouvelle identité pour échapper à la gendarmerie, puis, de la prison quand Jacques-des-faux- papiers. Ce même ami a aidé Ossyane et Clara à arranger leur mariage, à Paris.À Haïfa, Ossyane s’est lié d’amitié avec un autre personnage appelé Naïm, un industriel ruiné d’Alep, un membre du groupe PAJUW, et dont la maison était un habitat favorable pour Ossyane et Clara, pendant leurs déplacements, entre Beyrouth et Haïfa.



Quant à Nadia, elle a trouvé dans Christine la meilleure confidente dans ses malheurs Christine prête, joyeusement, son identité pour aider son amie à exécuter son plan de voir son père et le reconquérir:



Ma fille disposait désormais d’un passeport au nom de Christine, mais avec sa propre photo, elle pouvait enjamber les frontières sans que personne puisse soupçonner son vrai nom, sa nationalité, ou sa ville natale. Quant à son amie, en rupture d ban avec sa famille, cela l’amusait de se défaire pour quelques temps d’un patronyme étouffant pour assumer l’identité d’une fille à la fois musulmane et juive.



Outre l’amitié, l’amour qui unissait Ossyane et Clara s’offre comme une belle opportunité pour développer un discours interculturel et intercommunautaire voire interreligieux, en Orient: « Nous voulions que notre amour soit le symbole d’une autre voie. »Ossyane épouse Clara avec la bénédiction de son père et son oncle Stefan. La fête de leur mariage était l’occasion de réconcilier les irréconciliables, Stefan le Juif installé récemment en Palestine, et Mahmoud, le Palestinien de Haïfa :



Qu’on imagine la scène : d’un côté Mahmoud, fils d’une grande famille musulmane de Haïfa, qui avait dû quitter sa ville à cause de la tension qui y régnait entre Arabes et Juifs, et qui pressentait déjà qu’il ne pourrait probablement plus y retourner ; de l’autre côté Stefan. Juif d’Europe centrale, venu précisément s’installer dans cette même ville ; tous deux proches des nouveaux mariés.



Cette scène qui était si gênante pour Ossyane est finie par être arrangée, quand son père les ai traités « en humains » ; et contrairement au prévu, Mahmoud et Stefan sont « partis ensemble d’interminable éclat de rire… » ; et ils ont étonné tous les invités en adressant « à l’unisson, un petit geste de leurs verres relevés » manifestant leur entente et leur consentement pour ce mariage.



À Haïfa, le mariage d’Ossyane et Clara était l’occasion de réunir Juifs et Arabes, malgré le contexte de la guerre arabo-israélienne : « Le monde entier était résigné à voir Arabes et Juifs s’entre-tuer pendant des décennies, des siècles peut-être, tout le monde s’était fait une raison, les Anglais et les Soviétiques, les Américains et les Turcs… tout le monde à l’exception de nous deux, et de quels rêveurs comme nous. Nous voulions empêcher ce conflit… » .



La symbolique du titre du roman, s’ajoute à ces valeurs réconciliatrices ; il désigne les lieux où se confinent l’Orient et l’Occident : la France et la Montagne du Liban. Les deux espaces représentent un exemple parfait du métissage culturel et identitaire. La France et ses villes ont été, au long du récit, des lieux de rencontre des générations et des cultures différentes. Dès le début du roman, Paris marque la rencontre d’un journaliste libanais et Ossyaneen juin 1976: « il [Ossyane] avait sa photo dans mon manuel d’histoire.»À Marseille, Ossyane goûte pour la première fois sa liberté, c’est là où il réalisera ses rêves de jeunesse, loin de l’Orient :



En France je pouvais enfin suivre mes propres rêves. Manger à ma propre table. Ce n’est pas qu’une image. Je me souviens de la première fois où je m’étais attablé à la terrasse d’un bistrot, sous un auvent. À Marseille, peu après l’arrivée du bateau, avant de prendre le train pour Montpellier. La table était petite, en bois épais, et gardait des traces de canif. Je m’étais dit : le bonheur ! Le bonheur d’être ailleurs ! Le bonheur de n’être pas assis à la table familiale !



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 



Il y aura une somptueuse réception, peut-être la dernière fête dans l’histoire où Turcs et Arméniens chanteront et danseront ensemble. Y assistera, entre mille autres, le gouverneur de la Montagne, en ce temps-là un Arménien […], il improvisera pour l’occasion un discours sur la fraternité retrouvée entre les communautés de l’Empire- « Turcs, Arméniens, Arabes, Grecs et Juifs, les cinq doigts de l’auguste main sultanines »- qui sera copieusement applaudi.



Les enfants naissants de ce mariage: Iffett, Ossyane, Salem, reçoivent un enseignement libre comme celui de leur père, dans le but de former leur esprit révolutionnaire, pour devenir les leaders d’un Orient paradisiaque où tout le monde vivait en paix. Iffett se marie avec un banquier ottoman, originaire de Haïfa, de confession musulmane appelé Mahmoud, en premier temps, le couple habite en Egypte, puis il s’exile en Australie. Tandis que Salem était la honte de sa famille, il est devenu un contrebandier.



Quant à Ossyane, son destin était différent, il était le symbole des unions impossibles ; un Turc qui portait un surnom arménien (Bakou diminutif d’Abaka qui veut dire avenir), et un autre faux-prénom de guerre français, Picard (né d’une mère musulmane et d’un officier français).Il voyage d’abord en France pour faire ses études en médecine,et là-bas il fait la connaissance de Clara, une juive originaire de l’Autriche, rescapée des camps de concentrations nazis, et qui trouve refuge, en Suisse, puis en France, où elle adhère le mouvement clandestin de la Résistance. Après la deuxième guerre mondiale, Clara s’installe à Haïfa avec son oncle Stefan, et devient une militante dans le PAJUW, un groupe qui essaie de réconcilier entre les Arabes et les Juifs.



Du mariage d’Ossyane et Clara, est née Nadia dont l’identité est une fierté qu’elle porte, mais difficilement, elle doit vivre son identité paradoxale, dans un contexte oriental affaibli par la guerre entre Musulmanset Juifs ; Nadia est un être frontalier par excellence :« Oui, parfaitement, musulmane et juive ! Moi, son père, je suis musulman, du moins sur le papier ; sa mère est juive, du moins en théorie. Chez nous la religion ne se transmet par le père ; chez les juifs, par la mère. Nadia était donc musulmane aux yeux des musulmans, et juive aux yeux des juifs »Désespérée, enfin, de cet Orient en guerres interminables, Nadia le quitte pour poursuivre ses études en France, puis elle s’est mariée et s’est installée au Brésil.



À ces personnages principaux, s’ajoutent d’autres secondaires comme Noubar et son fils Aram, qui, à cause de la haine et la guerre grandissantes en Orient, choisissent l’exil, d’abord au Liban, puis en Amérique.



Ajoutons à ces personnages frontaliers,  les rapports des amitiés et amoursqui viennent pour consolider les valeurs interculturelles des personnages maaloufiens. D’abord l’amitié entre le père d’Ossyane et Noubar, son maître de science ; ils ont formé avec d’autres passionnés de la photographie « le Cercle Photographe » ; cette passion commune devient par la suite la cause de leur exil au Liban pour vivre en paix avec son ami, surtout dans un contexte de la discrimination ottomane exercée sur les Arméniens, en Turquie. De plus, Noubar épouse la fille unique, et le seul bien,de son ami intime. Donc, l’amitié devient une issue certaine d’une situation culturelle et identitaire humiliante. D’autre part, le père d’Ossyane emprisonné, suite au scandale familial causé par Salem, sera libéré grâce à son ami français, le colonel d’Héloire. De sa part, Ossyanedevient un héros de la Résistance grâce à la connaissance de Bertrand. Et c’est par l’intermédiairede Bertrand que Nadia a pu s’informerdu passé glorieux de son père, et décide de le  sauver. Après la fuite d’Ossyane de l’asile psychiatrique, Bertrand lui a facilité son passage en France afin de retrouver Clara, son amour perdu.



Un autre ami qui a rendu beaucoup de services à Ossyane, c’était Jacques-des-faux- papiers ; grâce à qui Ossayne a pu avoir une nouvelle identité pour échapper à la gendarmerie, puis, de la prison quand Jacques-des-faux- papiers. Ce même ami a aidé Ossyane et Clara à arranger leur mariage, à Paris.À Haïfa, Ossyane s’est lié d’amitié avec un autre personnage appelé Naïm, un industriel ruiné d’Alep, un membre du groupe PAJUW, et dont la maison était un habitat favorable pour Ossyane et Clara, pendant leurs déplacements, entre Beyrouth et Haïfa.



Quant à Nadia, elle a trouvé dans Christine la meilleure confidente dans ses malheurs Christine prête, joyeusement, son identité pour aider son amie à exécuter son plan de voir son père et le reconquérir:



Ma fille disposait désormais d’un passeport au nom de Christine, mais avec sa propre photo, elle pouvait enjamber les frontières sans que personne puisse soupçonner son vrai nom, sa nationalité, ou sa ville natale. Quant à son amie, en rupture d ban avec sa famille, cela l’amusait de se défaire pour quelques temps d’un patronyme étouffant pour assumer l’identité d’une fille à la fois musulmane et juive.



Outre l’amitié, l’amour qui unissait Ossyane et Clara s’offre comme une belle opportunité pour développer un discours interculturel et intercommunautaire voire interreligieux, en Orient: « Nous voulions que notre amour soit le symbole d’une autre voie. »Ossyane épouse Clara avec la bénédiction de son père et son oncle Stefan. La fête de leur mariage était l’occasion de réconcilier les irréconciliables, Stefan le Juif installé récemment en Palestine, et Mahmoud, le Palestinien de Haïfa :



Qu’on imagine la scène : d’un côté Mahmoud, fils d’une grande famille musulmane de Haïfa, qui avait dû quitter sa ville à cause de la tension qui y régnait entre Arabes et Juifs, et qui pressentait déjà qu’il ne pourrait probablement plus y retourner ; de l’autre côté Stefan. Juif d’Europe centrale, venu précisément s’installer dans cette même ville ; tous deux proches des nouveaux mariés.



Cette scène qui était si gênante pour Ossyane est finie par être arrangée, quand son père les ai traités « en humains » ; et contrairement au prévu, Mahmoud et Stefan sont « partis ensemble d’interminable éclat de rire… » ; et ils ont étonné tous les invités en adressant « à l’unisson, un petit geste de leurs verres relevés » manifestant leur entente et leur consentement pour ce mariage.



À Haïfa, le mariage d’Ossyane et Clara était l’occasion de réunir Juifs et Arabes, malgré le contexte de la guerre arabo-israélienne : « Le monde entier était résigné à voir Arabes et Juifs s’entre-tuer pendant des décennies, des siècles peut-être, tout le monde s’était fait une raison, les Anglais et les Soviétiques, les Américains et les Turcs… tout le monde à l’exception de nous deux, et de quels rêveurs comme nous. Nous voulions empêcher ce conflit… » .



La symbolique du titre du roman, s’ajoute à ces valeurs réconciliatrices ; il désigne les lieux où se confinent l’Orient et l’Occident : la France et la Montagne du Liban. Les deux espaces représentent un exemple parfait du métissage culturel et identitaire. La France et ses villes ont été, au long du récit, des lieux de rencontre des générations et des cultures différentes. Dès le début du roman, Paris marque la rencontre d’un journaliste libanais et Ossyaneen juin 1976: « il [Ossyane] avait sa photo dans mon manuel d’histoire.»À Marseille, Ossyane goûte pour la première fois sa liberté, c’est là où il réalisera ses rêves de jeunesse, loin de l’Orient :



En France je pouvais enfin suivre mes propres rêves. Manger à ma propre table. Ce n’est pas qu’une image. Je me souviens de la première fois où je m’étais attablé à la terrasse d’un bistrot, sous un auvent. À Marseille, peu après l’arrivée du bateau, avant de prendre le train pour Montpellier. La table était petite, en bois épais, et gardait des traces de canif. Je m’étais dit : le bonheur ! Le bonheur d’être ailleurs ! Le bonheur de n’être pas assis à la table familiale !



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 



Dans LesEchelles du Levant, les figures de la réconciliation sont diverses, entre des personnages frontaliers sur lesquels se base tout le discours identitaire et culturelmaaloufien.La culture de dialogue assure sa transmission, entre ascendants et descendants, notamment dans la maison de Ketabdaroù cohabitent des cultures et des ethnies et des religions ; c’est une famille qui « n’est pas de celles que l’on peut qualifier de “normales” » ; elle est issue de l’un des empereurs du Levant ; un monarque ottoman déchu, puis assassiné dans son exilpolitique à Istanbul ; ce drame a poussésa fille bien-aimée, Iffett à la folie. Elle était l’exemple de la femme orientale instruite ; elle jouait au piano, parlait français et allemand, s’habillait à l’européenne. Elle épousera médecin Ketabdar (psychiatre), qui est un :« Descendant d’une famille de lettres originaire de Perse. » De cette union peu commune, du médecin et sa patiente, naissait le père d’Ossyane, un enfant maudit, dès son enfance : « Il était là contre nature, en quelque sorte, on voyait en lui non pas un don du Ciel mais le produit d’un commerce avec les ténèbres. »Dès lors, la maison de Ketabdar est devenue la maison des « pestiférés » ; fréquentée par les rebelles et les marginalisés de la société d’Adana, ces maîtres de cours et amis du père d’Ossyane. Après le décès du docteur Ketabdar, son fils qui n’a eu que seize ans transforme ses séances de cours à des longues heures de discussions, où tout a été discuté : art, politique, sciences, technologie…la maison est devenue le foyer de la parole libre et le lieu de rencontre des minorités de l’empire ottoman (surtout les Arméniens et les Grecs). C’est ainsi que le père d’Ossyanedevient un vrai révolutionnaire. Refusant les massacres des Arméniens en Turquie, le père d’Ossyane s’exile au Liban et semarie avec la fille de son ami Arménien Noubar, Cécile. Ce mariage était pour la Montagne (en 1914), un symbole de réconciliation entre toutes les communautés qui y cohabitent :



Il y aura une somptueuse réception, peut-être la dernière fête dans l’histoire où Turcs et Arméniens chanteront et danseront ensemble. Y assistera, entre mille autres, le gouverneur de la Montagne, en ce temps-là un Arménien […], il improvisera pour l’occasion un discours sur la fraternité retrouvée entre les communautés de l’Empire- « Turcs, Arméniens, Arabes, Grecs et Juifs, les cinq doigts de l’auguste main sultanines »- qui sera copieusement applaudi.



Les enfants naissants de ce mariage: Iffett, Ossyane, Salem, reçoivent un enseignement libre comme celui de leur père, dans le but de former leur esprit révolutionnaire, pour devenir les leaders d’un Orient paradisiaque où tout le monde vivait en paix. Iffett se marie avec un banquier ottoman, originaire de Haïfa, de confession musulmane appelé Mahmoud, en premier temps, le couple habite en Egypte, puis il s’exile en Australie. Tandis que Salem était la honte de sa famille, il est devenu un contrebandier.



Quant à Ossyane, son destin était différent, il était le symbole des unions impossibles ; un Turc qui portait un surnom arménien (Bakou diminutif d’Abaka qui veut dire avenir), et un autre faux-prénom de guerre français, Picard (né d’une mère musulmane et d’un officier français).Il voyage d’abord en France pour faire ses études en médecine,et là-bas il fait la connaissance de Clara, une juive originaire de l’Autriche, rescapée des camps de concentrations nazis, et qui trouve refuge, en Suisse, puis en France, où elle adhère le mouvement clandestin de la Résistance. Après la deuxième guerre mondiale, Clara s’installe à Haïfa avec son oncle Stefan, et devient une militante dans le PAJUW, un groupe qui essaie de réconcilier entre les Arabes et les Juifs.



Du mariage d’Ossyane et Clara, est née Nadia dont l’identité est une fierté qu’elle porte, mais difficilement, elle doit vivre son identité paradoxale, dans un contexte oriental affaibli par la guerre entre Musulmanset Juifs ; Nadia est un être frontalier par excellence :« Oui, parfaitement, musulmane et juive ! Moi, son père, je suis musulman, du moins sur le papier ; sa mère est juive, du moins en théorie. Chez nous la religion ne se transmet par le père ; chez les juifs, par la mère. Nadia était donc musulmane aux yeux des musulmans, et juive aux yeux des juifs »Désespérée, enfin, de cet Orient en guerres interminables, Nadia le quitte pour poursuivre ses études en France, puis elle s’est mariée et s’est installée au Brésil.



À ces personnages principaux, s’ajoutent d’autres secondaires comme Noubar et son fils Aram, qui, à cause de la haine et la guerre grandissantes en Orient, choisissent l’exil, d’abord au Liban, puis en Amérique.



Ajoutons à ces personnages frontaliers,  les rapports des amitiés et amoursqui viennent pour consolider les valeurs interculturelles des personnages maaloufiens. D’abord l’amitié entre le père d’Ossyane et Noubar, son maître de science ; ils ont formé avec d’autres passionnés de la photographie « le Cercle Photographe » ; cette passion commune devient par la suite la cause de leur exil au Liban pour vivre en paix avec son ami, surtout dans un contexte de la discrimination ottomane exercée sur les Arméniens, en Turquie. De plus, Noubar épouse la fille unique, et le seul bien,de son ami intime. Donc, l’amitié devient une issue certaine d’une situation culturelle et identitaire humiliante. D’autre part, le père d’Ossyane emprisonné, suite au scandale familial causé par Salem, sera libéré grâce à son ami français, le colonel d’Héloire. De sa part, Ossyanedevient un héros de la Résistance grâce à la connaissance de Bertrand. Et c’est par l’intermédiairede Bertrand que Nadia a pu s’informerdu passé glorieux de son père, et décide de le  sauver. Après la fuite d’Ossyane de l’asile psychiatrique, Bertrand lui a facilité son passage en France afin de retrouver Clara, son amour perdu.



Un autre ami qui a rendu beaucoup de services à Ossyane, c’était Jacques-des-faux- papiers ; grâce à qui Ossayne a pu avoir une nouvelle identité pour échapper à la gendarmerie, puis, de la prison quand Jacques-des-faux- papiers. Ce même ami a aidé Ossyane et Clara à arranger leur mariage, à Paris.À Haïfa, Ossyane s’est lié d’amitié avec un autre personnage appelé Naïm, un industriel ruiné d’Alep, un membre du groupe PAJUW, et dont la maison était un habitat favorable pour Ossyane et Clara, pendant leurs déplacements, entre Beyrouth et Haïfa.



Quant à Nadia, elle a trouvé dans Christine la meilleure confidente dans ses malheurs Christine prête, joyeusement, son identité pour aider son amie à exécuter son plan de voir son père et le reconquérir:



Ma fille disposait désormais d’un passeport au nom de Christine, mais avec sa propre photo, elle pouvait enjamber les frontières sans que personne puisse soupçonner son vrai nom, sa nationalité, ou sa ville natale. Quant à son amie, en rupture d ban avec sa famille, cela l’amusait de se défaire pour quelques temps d’un patronyme étouffant pour assumer l’identité d’une fille à la fois musulmane et juive.



Outre l’amitié, l’amour qui unissait Ossyane et Clara s’offre comme une belle opportunité pour développer un discours interculturel et intercommunautaire voire interreligieux, en Orient: « Nous voulions que notre amour soit le symbole d’une autre voie. »Ossyane épouse Clara avec la bénédiction de son père et son oncle Stefan. La fête de leur mariage était l’occasion de réconcilier les irréconciliables, Stefan le Juif installé récemment en Palestine, et Mahmoud, le Palestinien de Haïfa :



Qu’on imagine la scène : d’un côté Mahmoud, fils d’une grande famille musulmane de Haïfa, qui avait dû quitter sa ville à cause de la tension qui y régnait entre Arabes et Juifs, et qui pressentait déjà qu’il ne pourrait probablement plus y retourner ; de l’autre côté Stefan. Juif d’Europe centrale, venu précisément s’installer dans cette même ville ; tous deux proches des nouveaux mariés.



Cette scène qui était si gênante pour Ossyane est finie par être arrangée, quand son père les ai traités « en humains » ; et contrairement au prévu, Mahmoud et Stefan sont « partis ensemble d’interminable éclat de rire… » ; et ils ont étonné tous les invités en adressant « à l’unisson, un petit geste de leurs verres relevés » manifestant leur entente et leur consentement pour ce mariage.



À Haïfa, le mariage d’Ossyane et Clara était l’occasion de réunir Juifs et Arabes, malgré le contexte de la guerre arabo-israélienne : « Le monde entier était résigné à voir Arabes et Juifs s’entre-tuer pendant des décennies, des siècles peut-être, tout le monde s’était fait une raison, les Anglais et les Soviétiques, les Américains et les Turcs… tout le monde à l’exception de nous deux, et de quels rêveurs comme nous. Nous voulions empêcher ce conflit… » .



La symbolique du titre du roman, s’ajoute à ces valeurs réconciliatrices ; il désigne les lieux où se confinent l’Orient et l’Occident : la France et la Montagne du Liban. Les deux espaces représentent un exemple parfait du métissage culturel et identitaire. La France et ses villes ont été, au long du récit, des lieux de rencontre des générations et des cultures différentes. Dès le début du roman, Paris marque la rencontre d’un journaliste libanais et Ossyaneen juin 1976: « il [Ossyane] avait sa photo dans mon manuel d’histoire.»À Marseille, Ossyane goûte pour la première fois sa liberté, c’est là où il réalisera ses rêves de jeunesse, loin de l’Orient :



En France je pouvais enfin suivre mes propres rêves. Manger à ma propre table. Ce n’est pas qu’une image. Je me souviens de la première fois où je m’étais attablé à la terrasse d’un bistrot, sous un auvent. À Marseille, peu après l’arrivée du bateau, avant de prendre le train pour Montpellier. La table était petite, en bois épais, et gardait des traces de canif. Je m’étais dit : le bonheur ! Le bonheur d’être ailleurs ! Le bonheur de n’être pas assis à la table familiale !



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 



L’histoire de notre roman se déroule entre la Turquie, Le Liban, Haïfa, et la France, exposantles différents destins de ses personnages comme : Ossyane, Iffett, Ketabdar, Noubar, Clara, Bertrand, Nadia, Stefan, Mahmoud, Naïm…Tous ces personnages sont porteurs des valeurs culturelles différentes et des identités complexes qui refusent la segmentation comme celle de leur auteur qui se reconnait comme : « Moitié français, donc, et moitié libnais? Pas du tout ! L’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitié, ni par tiers, ni par plages cloisonnée. Je n’ai pas plusieurs identité, j’en ai une seule, faite de tous les éléments qui l’ont façonnée, selon un « dosage » particulier qui n’est jamais le même d’une personne à l’autre. ».



Dans LesEchelles du Levant, les figures de la réconciliation sont diverses, entre des personnages frontaliers sur lesquels se base tout le discours identitaire et culturelmaaloufien.La culture de dialogue assure sa transmission, entre ascendants et descendants, notamment dans la maison de Ketabdaroù cohabitent des cultures et des ethnies et des religions ; c’est une famille qui « n’est pas de celles que l’on peut qualifier de “normales” » ; elle est issue de l’un des empereurs du Levant ; un monarque ottoman déchu, puis assassiné dans son exilpolitique à Istanbul ; ce drame a poussésa fille bien-aimée, Iffett à la folie. Elle était l’exemple de la femme orientale instruite ; elle jouait au piano, parlait français et allemand, s’habillait à l’européenne. Elle épousera médecin Ketabdar (psychiatre), qui est un :« Descendant d’une famille de lettres originaire de Perse. » De cette union peu commune, du médecin et sa patiente, naissait le père d’Ossyane, un enfant maudit, dès son enfance : « Il était là contre nature, en quelque sorte, on voyait en lui non pas un don du Ciel mais le produit d’un commerce avec les ténèbres. »Dès lors, la maison de Ketabdar est devenue la maison des « pestiférés » ; fréquentée par les rebelles et les marginalisés de la société d’Adana, ces maîtres de cours et amis du père d’Ossyane. Après le décès du docteur Ketabdar, son fils qui n’a eu que seize ans transforme ses séances de cours à des longues heures de discussions, où tout a été discuté : art, politique, sciences, technologie…la maison est devenue le foyer de la parole libre et le lieu de rencontre des minorités de l’empire ottoman (surtout les Arméniens et les Grecs). C’est ainsi que le père d’Ossyanedevient un vrai révolutionnaire. Refusant les massacres des Arméniens en Turquie, le père d’Ossyane s’exile au Liban et semarie avec la fille de son ami Arménien Noubar, Cécile. Ce mariage était pour la Montagne (en 1914), un symbole de réconciliation entre toutes les communautés qui y cohabitent :



Il y aura une somptueuse réception, peut-être la dernière fête dans l’histoire où Turcs et Arméniens chanteront et danseront ensemble. Y assistera, entre mille autres, le gouverneur de la Montagne, en ce temps-là un Arménien […], il improvisera pour l’occasion un discours sur la fraternité retrouvée entre les communautés de l’Empire- « Turcs, Arméniens, Arabes, Grecs et Juifs, les cinq doigts de l’auguste main sultanines »- qui sera copieusement applaudi.



Les enfants naissants de ce mariage: Iffett, Ossyane, Salem, reçoivent un enseignement libre comme celui de leur père, dans le but de former leur esprit révolutionnaire, pour devenir les leaders d’un Orient paradisiaque où tout le monde vivait en paix. Iffett se marie avec un banquier ottoman, originaire de Haïfa, de confession musulmane appelé Mahmoud, en premier temps, le couple habite en Egypte, puis il s’exile en Australie. Tandis que Salem était la honte de sa famille, il est devenu un contrebandier.



Quant à Ossyane, son destin était différent, il était le symbole des unions impossibles ; un Turc qui portait un surnom arménien (Bakou diminutif d’Abaka qui veut dire avenir), et un autre faux-prénom de guerre français, Picard (né d’une mère musulmane et d’un officier français).Il voyage d’abord en France pour faire ses études en médecine,et là-bas il fait la connaissance de Clara, une juive originaire de l’Autriche, rescapée des camps de concentrations nazis, et qui trouve refuge, en Suisse, puis en France, où elle adhère le mouvement clandestin de la Résistance. Après la deuxième guerre mondiale, Clara s’installe à Haïfa avec son oncle Stefan, et devient une militante dans le PAJUW, un groupe qui essaie de réconcilier entre les Arabes et les Juifs.



Du mariage d’Ossyane et Clara, est née Nadia dont l’identité est une fierté qu’elle porte, mais difficilement, elle doit vivre son identité paradoxale, dans un contexte oriental affaibli par la guerre entre Musulmanset Juifs ; Nadia est un être frontalier par excellence :« Oui, parfaitement, musulmane et juive ! Moi, son père, je suis musulman, du moins sur le papier ; sa mère est juive, du moins en théorie. Chez nous la religion ne se transmet par le père ; chez les juifs, par la mère. Nadia était donc musulmane aux yeux des musulmans, et juive aux yeux des juifs »Désespérée, enfin, de cet Orient en guerres interminables, Nadia le quitte pour poursuivre ses études en France, puis elle s’est mariée et s’est installée au Brésil.



À ces personnages principaux, s’ajoutent d’autres secondaires comme Noubar et son fils Aram, qui, à cause de la haine et la guerre grandissantes en Orient, choisissent l’exil, d’abord au Liban, puis en Amérique.



Ajoutons à ces personnages frontaliers,  les rapports des amitiés et amoursqui viennent pour consolider les valeurs interculturelles des personnages maaloufiens. D’abord l’amitié entre le père d’Ossyane et Noubar, son maître de science ; ils ont formé avec d’autres passionnés de la photographie « le Cercle Photographe » ; cette passion commune devient par la suite la cause de leur exil au Liban pour vivre en paix avec son ami, surtout dans un contexte de la discrimination ottomane exercée sur les Arméniens, en Turquie. De plus, Noubar épouse la fille unique, et le seul bien,de son ami intime. Donc, l’amitié devient une issue certaine d’une situation culturelle et identitaire humiliante. D’autre part, le père d’Ossyane emprisonné, suite au scandale familial causé par Salem, sera libéré grâce à son ami français, le colonel d’Héloire. De sa part, Ossyanedevient un héros de la Résistance grâce à la connaissance de Bertrand. Et c’est par l’intermédiairede Bertrand que Nadia a pu s’informerdu passé glorieux de son père, et décide de le  sauver. Après la fuite d’Ossyane de l’asile psychiatrique, Bertrand lui a facilité son passage en France afin de retrouver Clara, son amour perdu.



Un autre ami qui a rendu beaucoup de services à Ossyane, c’était Jacques-des-faux- papiers ; grâce à qui Ossayne a pu avoir une nouvelle identité pour échapper à la gendarmerie, puis, de la prison quand Jacques-des-faux- papiers. Ce même ami a aidé Ossyane et Clara à arranger leur mariage, à Paris.À Haïfa, Ossyane s’est lié d’amitié avec un autre personnage appelé Naïm, un industriel ruiné d’Alep, un membre du groupe PAJUW, et dont la maison était un habitat favorable pour Ossyane et Clara, pendant leurs déplacements, entre Beyrouth et Haïfa.



Quant à Nadia, elle a trouvé dans Christine la meilleure confidente dans ses malheurs Christine prête, joyeusement, son identité pour aider son amie à exécuter son plan de voir son père et le reconquérir:



Ma fille disposait désormais d’un passeport au nom de Christine, mais avec sa propre photo, elle pouvait enjamber les frontières sans que personne puisse soupçonner son vrai nom, sa nationalité, ou sa ville natale. Quant à son amie, en rupture d ban avec sa famille, cela l’amusait de se défaire pour quelques temps d’un patronyme étouffant pour assumer l’identité d’une fille à la fois musulmane et juive.



Outre l’amitié, l’amour qui unissait Ossyane et Clara s’offre comme une belle opportunité pour développer un discours interculturel et intercommunautaire voire interreligieux, en Orient: « Nous voulions que notre amour soit le symbole d’une autre voie. »Ossyane épouse Clara avec la bénédiction de son père et son oncle Stefan. La fête de leur mariage était l’occasion de réconcilier les irréconciliables, Stefan le Juif installé récemment en Palestine, et Mahmoud, le Palestinien de Haïfa :



Qu’on imagine la scène : d’un côté Mahmoud, fils d’une grande famille musulmane de Haïfa, qui avait dû quitter sa ville à cause de la tension qui y régnait entre Arabes et Juifs, et qui pressentait déjà qu’il ne pourrait probablement plus y retourner ; de l’autre côté Stefan. Juif d’Europe centrale, venu précisément s’installer dans cette même ville ; tous deux proches des nouveaux mariés.



Cette scène qui était si gênante pour Ossyane est finie par être arrangée, quand son père les ai traités « en humains » ; et contrairement au prévu, Mahmoud et Stefan sont « partis ensemble d’interminable éclat de rire… » ; et ils ont étonné tous les invités en adressant « à l’unisson, un petit geste de leurs verres relevés » manifestant leur entente et leur consentement pour ce mariage.



À Haïfa, le mariage d’Ossyane et Clara était l’occasion de réunir Juifs et Arabes, malgré le contexte de la guerre arabo-israélienne : « Le monde entier était résigné à voir Arabes et Juifs s’entre-tuer pendant des décennies, des siècles peut-être, tout le monde s’était fait une raison, les Anglais et les Soviétiques, les Américains et les Turcs… tout le monde à l’exception de nous deux, et de quels rêveurs comme nous. Nous voulions empêcher ce conflit… » .



La symbolique du titre du roman, s’ajoute à ces valeurs réconciliatrices ; il désigne les lieux où se confinent l’Orient et l’Occident : la France et la Montagne du Liban. Les deux espaces représentent un exemple parfait du métissage culturel et identitaire. La France et ses villes ont été, au long du récit, des lieux de rencontre des générations et des cultures différentes. Dès le début du roman, Paris marque la rencontre d’un journaliste libanais et Ossyaneen juin 1976: « il [Ossyane] avait sa photo dans mon manuel d’histoire.»À Marseille, Ossyane goûte pour la première fois sa liberté, c’est là où il réalisera ses rêves de jeunesse, loin de l’Orient :



En France je pouvais enfin suivre mes propres rêves. Manger à ma propre table. Ce n’est pas qu’une image. Je me souviens de la première fois où je m’étais attablé à la terrasse d’un bistrot, sous un auvent. À Marseille, peu après l’arrivée du bateau, avant de prendre le train pour Montpellier. La table était petite, en bois épais, et gardait des traces de canif. Je m’étais dit : le bonheur ! Le bonheur d’être ailleurs ! Le bonheur de n’être pas assis à la table familiale !



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 



.Amin Maalouf, l’écrivain et le chroniqueur franco-libanais, inscrit l’ensemble de ses romans dans cadre spatio-temporel, politique et social bien déterminé, celui du Levant, depuis son premier roman Léon l’Africain (1986), jusqu’à son dernier roman Les Désorientés (2012)… l’évocation du Levant se renforce par celle de l’Occident, entre ces deux entités culturelles et identitaires Amin Maalouf trouve ses repères :



…s’est depuis toujours paré d’une image de « passeur de cultures », de chantre des exilés et d’ambassadeur des immigrants. Il revendique à répétition ce rôle de médiateur entre l’Orient et l’Occident, prêche pour un monde du multiculturalisme et de l’identité multiple […]. Interviewé sur ses œuvres, il n’hésite pas à les présenter comme des illustrations de son implication dans le débat sur les diversités linguistiques, culturelles et identitaires, sur le dialogue, possible ou pas, entre le Nord et le Sud, de même que sur l’harmonie, envisageable ou chimérique, entre les communautés.



Ainsi le roman maaloufien devient un environnement propice où se posent des questions diverses sur la culture, l’identité, l’altérité, le dialogue,…ces notions sont liées l’une à l’autre par une ligne très délicate presque intelligible : l’identité se forme à partir de la culture, et par rapport à l’altérité ; à son tour l’altérité ne pouvait être concrétisée qu’à travers le dialogue. Ces quatre notions exigent une présence des repères culturels, de la diversité, de la communication et de la compréhension qui sont toutes relatives à un moi parlant, celui de l’écrivain du roman, ou de son personnage, qui est souvent son reflet idéologique.



L’histoire de notre roman se déroule entre la Turquie, Le Liban, Haïfa, et la France, exposantles différents destins de ses personnages comme : Ossyane, Iffett, Ketabdar, Noubar, Clara, Bertrand, Nadia, Stefan, Mahmoud, Naïm…Tous ces personnages sont porteurs des valeurs culturelles différentes et des identités complexes qui refusent la segmentation comme celle de leur auteur qui se reconnait comme : « Moitié français, donc, et moitié libnais? Pas du tout ! L’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitié, ni par tiers, ni par plages cloisonnée. Je n’ai pas plusieurs identité, j’en ai une seule, faite de tous les éléments qui l’ont façonnée, selon un « dosage » particulier qui n’est jamais le même d’une personne à l’autre. ».



Dans LesEchelles du Levant, les figures de la réconciliation sont diverses, entre des personnages frontaliers sur lesquels se base tout le discours identitaire et culturelmaaloufien.La culture de dialogue assure sa transmission, entre ascendants et descendants, notamment dans la maison de Ketabdaroù cohabitent des cultures et des ethnies et des religions ; c’est une famille qui « n’est pas de celles que l’on peut qualifier de “normales” » ; elle est issue de l’un des empereurs du Levant ; un monarque ottoman déchu, puis assassiné dans son exilpolitique à Istanbul ; ce drame a poussésa fille bien-aimée, Iffett à la folie. Elle était l’exemple de la femme orientale instruite ; elle jouait au piano, parlait français et allemand, s’habillait à l’européenne. Elle épousera médecin Ketabdar (psychiatre), qui est un :« Descendant d’une famille de lettres originaire de Perse. » De cette union peu commune, du médecin et sa patiente, naissait le père d’Ossyane, un enfant maudit, dès son enfance : « Il était là contre nature, en quelque sorte, on voyait en lui non pas un don du Ciel mais le produit d’un commerce avec les ténèbres. »Dès lors, la maison de Ketabdar est devenue la maison des « pestiférés » ; fréquentée par les rebelles et les marginalisés de la société d’Adana, ces maîtres de cours et amis du père d’Ossyane. Après le décès du docteur Ketabdar, son fils qui n’a eu que seize ans transforme ses séances de cours à des longues heures de discussions, où tout a été discuté : art, politique, sciences, technologie…la maison est devenue le foyer de la parole libre et le lieu de rencontre des minorités de l’empire ottoman (surtout les Arméniens et les Grecs). C’est ainsi que le père d’Ossyanedevient un vrai révolutionnaire. Refusant les massacres des Arméniens en Turquie, le père d’Ossyane s’exile au Liban et semarie avec la fille de son ami Arménien Noubar, Cécile. Ce mariage était pour la Montagne (en 1914), un symbole de réconciliation entre toutes les communautés qui y cohabitent :



Il y aura une somptueuse réception, peut-être la dernière fête dans l’histoire où Turcs et Arméniens chanteront et danseront ensemble. Y assistera, entre mille autres, le gouverneur de la Montagne, en ce temps-là un Arménien […], il improvisera pour l’occasion un discours sur la fraternité retrouvée entre les communautés de l’Empire- « Turcs, Arméniens, Arabes, Grecs et Juifs, les cinq doigts de l’auguste main sultanines »- qui sera copieusement applaudi.



Les enfants naissants de ce mariage: Iffett, Ossyane, Salem, reçoivent un enseignement libre comme celui de leur père, dans le but de former leur esprit révolutionnaire, pour devenir les leaders d’un Orient paradisiaque où tout le monde vivait en paix. Iffett se marie avec un banquier ottoman, originaire de Haïfa, de confession musulmane appelé Mahmoud, en premier temps, le couple habite en Egypte, puis il s’exile en Australie. Tandis que Salem était la honte de sa famille, il est devenu un contrebandier.



Quant à Ossyane, son destin était différent, il était le symbole des unions impossibles ; un Turc qui portait un surnom arménien (Bakou diminutif d’Abaka qui veut dire avenir), et un autre faux-prénom de guerre français, Picard (né d’une mère musulmane et d’un officier français).Il voyage d’abord en France pour faire ses études en médecine,et là-bas il fait la connaissance de Clara, une juive originaire de l’Autriche, rescapée des camps de concentrations nazis, et qui trouve refuge, en Suisse, puis en France, où elle adhère le mouvement clandestin de la Résistance. Après la deuxième guerre mondiale, Clara s’installe à Haïfa avec son oncle Stefan, et devient une militante dans le PAJUW, un groupe qui essaie de réconcilier entre les Arabes et les Juifs.



Du mariage d’Ossyane et Clara, est née Nadia dont l’identité est une fierté qu’elle porte, mais difficilement, elle doit vivre son identité paradoxale, dans un contexte oriental affaibli par la guerre entre Musulmanset Juifs ; Nadia est un être frontalier par excellence :« Oui, parfaitement, musulmane et juive ! Moi, son père, je suis musulman, du moins sur le papier ; sa mère est juive, du moins en théorie. Chez nous la religion ne se transmet par le père ; chez les juifs, par la mère. Nadia était donc musulmane aux yeux des musulmans, et juive aux yeux des juifs »Désespérée, enfin, de cet Orient en guerres interminables, Nadia le quitte pour poursuivre ses études en France, puis elle s’est mariée et s’est installée au Brésil.



À ces personnages principaux, s’ajoutent d’autres secondaires comme Noubar et son fils Aram, qui, à cause de la haine et la guerre grandissantes en Orient, choisissent l’exil, d’abord au Liban, puis en Amérique.



Ajoutons à ces personnages frontaliers,  les rapports des amitiés et amoursqui viennent pour consolider les valeurs interculturelles des personnages maaloufiens. D’abord l’amitié entre le père d’Ossyane et Noubar, son maître de science ; ils ont formé avec d’autres passionnés de la photographie « le Cercle Photographe » ; cette passion commune devient par la suite la cause de leur exil au Liban pour vivre en paix avec son ami, surtout dans un contexte de la discrimination ottomane exercée sur les Arméniens, en Turquie. De plus, Noubar épouse la fille unique, et le seul bien,de son ami intime. Donc, l’amitié devient une issue certaine d’une situation culturelle et identitaire humiliante. D’autre part, le père d’Ossyane emprisonné, suite au scandale familial causé par Salem, sera libéré grâce à son ami français, le colonel d’Héloire. De sa part, Ossyanedevient un héros de la Résistance grâce à la connaissance de Bertrand. Et c’est par l’intermédiairede Bertrand que Nadia a pu s’informerdu passé glorieux de son père, et décide de le  sauver. Après la fuite d’Ossyane de l’asile psychiatrique, Bertrand lui a facilité son passage en France afin de retrouver Clara, son amour perdu.



Un autre ami qui a rendu beaucoup de services à Ossyane, c’était Jacques-des-faux- papiers ; grâce à qui Ossayne a pu avoir une nouvelle identité pour échapper à la gendarmerie, puis, de la prison quand Jacques-des-faux- papiers. Ce même ami a aidé Ossyane et Clara à arranger leur mariage, à Paris.À Haïfa, Ossyane s’est lié d’amitié avec un autre personnage appelé Naïm, un industriel ruiné d’Alep, un membre du groupe PAJUW, et dont la maison était un habitat favorable pour Ossyane et Clara, pendant leurs déplacements, entre Beyrouth et Haïfa.



Quant à Nadia, elle a trouvé dans Christine la meilleure confidente dans ses malheurs Christine prête, joyeusement, son identité pour aider son amie à exécuter son plan de voir son père et le reconquérir:



Ma fille disposait désormais d’un passeport au nom de Christine, mais avec sa propre photo, elle pouvait enjamber les frontières sans que personne puisse soupçonner son vrai nom, sa nationalité, ou sa ville natale. Quant à son amie, en rupture d ban avec sa famille, cela l’amusait de se défaire pour quelques temps d’un patronyme étouffant pour assumer l’identité d’une fille à la fois musulmane et juive.



Outre l’amitié, l’amour qui unissait Ossyane et Clara s’offre comme une belle opportunité pour développer un discours interculturel et intercommunautaire voire interreligieux, en Orient: « Nous voulions que notre amour soit le symbole d’une autre voie. »Ossyane épouse Clara avec la bénédiction de son père et son oncle Stefan. La fête de leur mariage était l’occasion de réconcilier les irréconciliables, Stefan le Juif installé récemment en Palestine, et Mahmoud, le Palestinien de Haïfa :



Qu’on imagine la scène : d’un côté Mahmoud, fils d’une grande famille musulmane de Haïfa, qui avait dû quitter sa ville à cause de la tension qui y régnait entre Arabes et Juifs, et qui pressentait déjà qu’il ne pourrait probablement plus y retourner ; de l’autre côté Stefan. Juif d’Europe centrale, venu précisément s’installer dans cette même ville ; tous deux proches des nouveaux mariés.



Cette scène qui était si gênante pour Ossyane est finie par être arrangée, quand son père les ai traités « en humains » ; et contrairement au prévu, Mahmoud et Stefan sont « partis ensemble d’interminable éclat de rire… » ; et ils ont étonné tous les invités en adressant « à l’unisson, un petit geste de leurs verres relevés » manifestant leur entente et leur consentement pour ce mariage.



À Haïfa, le mariage d’Ossyane et Clara était l’occasion de réunir Juifs et Arabes, malgré le contexte de la guerre arabo-israélienne : « Le monde entier était résigné à voir Arabes et Juifs s’entre-tuer pendant des décennies, des siècles peut-être, tout le monde s’était fait une raison, les Anglais et les Soviétiques, les Américains et les Turcs… tout le monde à l’exception de nous deux, et de quels rêveurs comme nous. Nous voulions empêcher ce conflit… » .



La symbolique du titre du roman, s’ajoute à ces valeurs réconciliatrices ; il désigne les lieux où se confinent l’Orient et l’Occident : la France et la Montagne du Liban. Les deux espaces représentent un exemple parfait du métissage culturel et identitaire. La France et ses villes ont été, au long du récit, des lieux de rencontre des générations et des cultures différentes. Dès le début du roman, Paris marque la rencontre d’un journaliste libanais et Ossyaneen juin 1976: « il [Ossyane] avait sa photo dans mon manuel d’histoire.»À Marseille, Ossyane goûte pour la première fois sa liberté, c’est là où il réalisera ses rêves de jeunesse, loin de l’Orient :



En France je pouvais enfin suivre mes propres rêves. Manger à ma propre table. Ce n’est pas qu’une image. Je me souviens de la première fois où je m’étais attablé à la terrasse d’un bistrot, sous un auvent. À Marseille, peu après l’arrivée du bateau, avant de prendre le train pour Montpellier. La table était petite, en bois épais, et gardait des traces de canif. Je m’étais dit : le bonheur ! Le bonheur d’être ailleurs ! Le bonheur de n’être pas assis à la table familiale !



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 






Cet âge où les hommes de toutes origines vivaient coté à coté dans les Echelles du levant et mélangeaient leurs langues, est-ce une réminiscence d’autrefois ? Est-ce une préfiguration de l’avenir ? Ceux qui demeurent attachés à ce rêve sont-ils des passéistes ou bien des visionnaires ?









Amin Maalouf,
 Les Echelles du Levant





.Amin Maalouf, l’écrivain et le chroniqueur franco-libanais, inscrit l’ensemble de ses romans dans cadre spatio-temporel, politique et social bien déterminé, celui du Levant, depuis son premier roman Léon l’Africain (1986), jusqu’à son dernier roman Les Désorientés (2012)… l’évocation du Levant se renforce par celle de l’Occident, entre ces deux entités culturelles et identitaires Amin Maalouf trouve ses repères :



…s’est depuis toujours paré d’une image de « passeur de cultures », de chantre des exilés et d’ambassadeur des immigrants. Il revendique à répétition ce rôle de médiateur entre l’Orient et l’Occident, prêche pour un monde du multiculturalisme et de l’identité multiple […]. Interviewé sur ses œuvres, il n’hésite pas à les présenter comme des illustrations de son implication dans le débat sur les diversités linguistiques, culturelles et identitaires, sur le dialogue, possible ou pas, entre le Nord et le Sud, de même que sur l’harmonie, envisageable ou chimérique, entre les communautés.



Ainsi le roman maaloufien devient un environnement propice où se posent des questions diverses sur la culture, l’identité, l’altérité, le dialogue,…ces notions sont liées l’une à l’autre par une ligne très délicate presque intelligible : l’identité se forme à partir de la culture, et par rapport à l’altérité ; à son tour l’altérité ne pouvait être concrétisée qu’à travers le dialogue. Ces quatre notions exigent une présence des repères culturels, de la diversité, de la communication et de la compréhension qui sont toutes relatives à un moi parlant, celui de l’écrivain du roman, ou de son personnage, qui est souvent son reflet idéologique.



L’histoire de notre roman se déroule entre la Turquie, Le Liban, Haïfa, et la France, exposantles différents destins de ses personnages comme : Ossyane, Iffett, Ketabdar, Noubar, Clara, Bertrand, Nadia, Stefan, Mahmoud, Naïm…Tous ces personnages sont porteurs des valeurs culturelles différentes et des identités complexes qui refusent la segmentation comme celle de leur auteur qui se reconnait comme : « Moitié français, donc, et moitié libnais? Pas du tout ! L’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitié, ni par tiers, ni par plages cloisonnée. Je n’ai pas plusieurs identité, j’en ai une seule, faite de tous les éléments qui l’ont façonnée, selon un « dosage » particulier qui n’est jamais le même d’une personne à l’autre. ».



Dans LesEchelles du Levant, les figures de la réconciliation sont diverses, entre des personnages frontaliers sur lesquels se base tout le discours identitaire et culturelmaaloufien.La culture de dialogue assure sa transmission, entre ascendants et descendants, notamment dans la maison de Ketabdaroù cohabitent des cultures et des ethnies et des religions ; c’est une famille qui « n’est pas de celles que l’on peut qualifier de “normales” » ; elle est issue de l’un des empereurs du Levant ; un monarque ottoman déchu, puis assassiné dans son exilpolitique à Istanbul ; ce drame a poussésa fille bien-aimée, Iffett à la folie. Elle était l’exemple de la femme orientale instruite ; elle jouait au piano, parlait français et allemand, s’habillait à l’européenne. Elle épousera médecin Ketabdar (psychiatre), qui est un :« Descendant d’une famille de lettres originaire de Perse. » De cette union peu commune, du médecin et sa patiente, naissait le père d’Ossyane, un enfant maudit, dès son enfance : « Il était là contre nature, en quelque sorte, on voyait en lui non pas un don du Ciel mais le produit d’un commerce avec les ténèbres. »Dès lors, la maison de Ketabdar est devenue la maison des « pestiférés » ; fréquentée par les rebelles et les marginalisés de la société d’Adana, ces maîtres de cours et amis du père d’Ossyane. Après le décès du docteur Ketabdar, son fils qui n’a eu que seize ans transforme ses séances de cours à des longues heures de discussions, où tout a été discuté : art, politique, sciences, technologie…la maison est devenue le foyer de la parole libre et le lieu de rencontre des minorités de l’empire ottoman (surtout les Arméniens et les Grecs). C’est ainsi que le père d’Ossyanedevient un vrai révolutionnaire. Refusant les massacres des Arméniens en Turquie, le père d’Ossyane s’exile au Liban et semarie avec la fille de son ami Arménien Noubar, Cécile. Ce mariage était pour la Montagne (en 1914), un symbole de réconciliation entre toutes les communautés qui y cohabitent :



Il y aura une somptueuse réception, peut-être la dernière fête dans l’histoire où Turcs et Arméniens chanteront et danseront ensemble. Y assistera, entre mille autres, le gouverneur de la Montagne, en ce temps-là un Arménien […], il improvisera pour l’occasion un discours sur la fraternité retrouvée entre les communautés de l’Empire- « Turcs, Arméniens, Arabes, Grecs et Juifs, les cinq doigts de l’auguste main sultanines »- qui sera copieusement applaudi.



Les enfants naissants de ce mariage: Iffett, Ossyane, Salem, reçoivent un enseignement libre comme celui de leur père, dans le but de former leur esprit révolutionnaire, pour devenir les leaders d’un Orient paradisiaque où tout le monde vivait en paix. Iffett se marie avec un banquier ottoman, originaire de Haïfa, de confession musulmane appelé Mahmoud, en premier temps, le couple habite en Egypte, puis il s’exile en Australie. Tandis que Salem était la honte de sa famille, il est devenu un contrebandier.



Quant à Ossyane, son destin était différent, il était le symbole des unions impossibles ; un Turc qui portait un surnom arménien (Bakou diminutif d’Abaka qui veut dire avenir), et un autre faux-prénom de guerre français, Picard (né d’une mère musulmane et d’un officier français).Il voyage d’abord en France pour faire ses études en médecine,et là-bas il fait la connaissance de Clara, une juive originaire de l’Autriche, rescapée des camps de concentrations nazis, et qui trouve refuge, en Suisse, puis en France, où elle adhère le mouvement clandestin de la Résistance. Après la deuxième guerre mondiale, Clara s’installe à Haïfa avec son oncle Stefan, et devient une militante dans le PAJUW, un groupe qui essaie de réconcilier entre les Arabes et les Juifs.



Du mariage d’Ossyane et Clara, est née Nadia dont l’identité est une fierté qu’elle porte, mais difficilement, elle doit vivre son identité paradoxale, dans un contexte oriental affaibli par la guerre entre Musulmanset Juifs ; Nadia est un être frontalier par excellence :« Oui, parfaitement, musulmane et juive ! Moi, son père, je suis musulman, du moins sur le papier ; sa mère est juive, du moins en théorie. Chez nous la religion ne se transmet par le père ; chez les juifs, par la mère. Nadia était donc musulmane aux yeux des musulmans, et juive aux yeux des juifs »Désespérée, enfin, de cet Orient en guerres interminables, Nadia le quitte pour poursuivre ses études en France, puis elle s’est mariée et s’est installée au Brésil.



À ces personnages principaux, s’ajoutent d’autres secondaires comme Noubar et son fils Aram, qui, à cause de la haine et la guerre grandissantes en Orient, choisissent l’exil, d’abord au Liban, puis en Amérique.



Ajoutons à ces personnages frontaliers,  les rapports des amitiés et amoursqui viennent pour consolider les valeurs interculturelles des personnages maaloufiens. D’abord l’amitié entre le père d’Ossyane et Noubar, son maître de science ; ils ont formé avec d’autres passionnés de la photographie « le Cercle Photographe » ; cette passion commune devient par la suite la cause de leur exil au Liban pour vivre en paix avec son ami, surtout dans un contexte de la discrimination ottomane exercée sur les Arméniens, en Turquie. De plus, Noubar épouse la fille unique, et le seul bien,de son ami intime. Donc, l’amitié devient une issue certaine d’une situation culturelle et identitaire humiliante. D’autre part, le père d’Ossyane emprisonné, suite au scandale familial causé par Salem, sera libéré grâce à son ami français, le colonel d’Héloire. De sa part, Ossyanedevient un héros de la Résistance grâce à la connaissance de Bertrand. Et c’est par l’intermédiairede Bertrand que Nadia a pu s’informerdu passé glorieux de son père, et décide de le  sauver. Après la fuite d’Ossyane de l’asile psychiatrique, Bertrand lui a facilité son passage en France afin de retrouver Clara, son amour perdu.



Un autre ami qui a rendu beaucoup de services à Ossyane, c’était Jacques-des-faux- papiers ; grâce à qui Ossayne a pu avoir une nouvelle identité pour échapper à la gendarmerie, puis, de la prison quand Jacques-des-faux- papiers. Ce même ami a aidé Ossyane et Clara à arranger leur mariage, à Paris.À Haïfa, Ossyane s’est lié d’amitié avec un autre personnage appelé Naïm, un industriel ruiné d’Alep, un membre du groupe PAJUW, et dont la maison était un habitat favorable pour Ossyane et Clara, pendant leurs déplacements, entre Beyrouth et Haïfa.



Quant à Nadia, elle a trouvé dans Christine la meilleure confidente dans ses malheurs Christine prête, joyeusement, son identité pour aider son amie à exécuter son plan de voir son père et le reconquérir:



Ma fille disposait désormais d’un passeport au nom de Christine, mais avec sa propre photo, elle pouvait enjamber les frontières sans que personne puisse soupçonner son vrai nom, sa nationalité, ou sa ville natale. Quant à son amie, en rupture d ban avec sa famille, cela l’amusait de se défaire pour quelques temps d’un patronyme étouffant pour assumer l’identité d’une fille à la fois musulmane et juive.



Outre l’amitié, l’amour qui unissait Ossyane et Clara s’offre comme une belle opportunité pour développer un discours interculturel et intercommunautaire voire interreligieux, en Orient: « Nous voulions que notre amour soit le symbole d’une autre voie. »Ossyane épouse Clara avec la bénédiction de son père et son oncle Stefan. La fête de leur mariage était l’occasion de réconcilier les irréconciliables, Stefan le Juif installé récemment en Palestine, et Mahmoud, le Palestinien de Haïfa :



Qu’on imagine la scène : d’un côté Mahmoud, fils d’une grande famille musulmane de Haïfa, qui avait dû quitter sa ville à cause de la tension qui y régnait entre Arabes et Juifs, et qui pressentait déjà qu’il ne pourrait probablement plus y retourner ; de l’autre côté Stefan. Juif d’Europe centrale, venu précisément s’installer dans cette même ville ; tous deux proches des nouveaux mariés.



Cette scène qui était si gênante pour Ossyane est finie par être arrangée, quand son père les ai traités « en humains » ; et contrairement au prévu, Mahmoud et Stefan sont « partis ensemble d’interminable éclat de rire… » ; et ils ont étonné tous les invités en adressant « à l’unisson, un petit geste de leurs verres relevés » manifestant leur entente et leur consentement pour ce mariage.



À Haïfa, le mariage d’Ossyane et Clara était l’occasion de réunir Juifs et Arabes, malgré le contexte de la guerre arabo-israélienne : « Le monde entier était résigné à voir Arabes et Juifs s’entre-tuer pendant des décennies, des siècles peut-être, tout le monde s’était fait une raison, les Anglais et les Soviétiques, les Américains et les Turcs… tout le monde à l’exception de nous deux, et de quels rêveurs comme nous. Nous voulions empêcher ce conflit… » .



La symbolique du titre du roman, s’ajoute à ces valeurs réconciliatrices ; il désigne les lieux où se confinent l’Orient et l’Occident : la France et la Montagne du Liban. Les deux espaces représentent un exemple parfait du métissage culturel et identitaire. La France et ses villes ont été, au long du récit, des lieux de rencontre des générations et des cultures différentes. Dès le début du roman, Paris marque la rencontre d’un journaliste libanais et Ossyaneen juin 1976: « il [Ossyane] avait sa photo dans mon manuel d’histoire.»À Marseille, Ossyane goûte pour la première fois sa liberté, c’est là où il réalisera ses rêves de jeunesse, loin de l’Orient :



En France je pouvais enfin suivre mes propres rêves. Manger à ma propre table. Ce n’est pas qu’une image. Je me souviens de la première fois où je m’étais attablé à la terrasse d’un bistrot, sous un auvent. À Marseille, peu après l’arrivée du bateau, avant de prendre le train pour Montpellier. La table était petite, en bois épais, et gardait des traces de canif. Je m’étais dit : le bonheur ! Le bonheur d’être ailleurs ! Le bonheur de n’être pas assis à la table familiale !



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 






Cet âge où les hommes de toutes origines vivaient coté à coté dans les Echelles du levant et mélangeaient leurs langues, est-ce une réminiscence d’autrefois ? Est-ce une préfiguration de l’avenir ? Ceux qui demeurent attachés à ce rêve sont-ils des passéistes ou bien des visionnaires ?









Amin Maalouf,
 Les Echelles du Levant





.Amin Maalouf, l’écrivain et le chroniqueur franco-libanais, inscrit l’ensemble de ses romans dans cadre spatio-temporel, politique et social bien déterminé, celui du Levant, depuis son premier roman Léon l’Africain (1986), jusqu’à son dernier roman Les Désorientés (2012)… l’évocation du Levant se renforce par celle de l’Occident, entre ces deux entités culturelles et identitaires Amin Maalouf trouve ses repères :



…s’est depuis toujours paré d’une image de « passeur de cultures », de chantre des exilés et d’ambassadeur des immigrants. Il revendique à répétition ce rôle de médiateur entre l’Orient et l’Occident, prêche pour un monde du multiculturalisme et de l’identité multiple […]. Interviewé sur ses œuvres, il n’hésite pas à les présenter comme des illustrations de son implication dans le débat sur les diversités linguistiques, culturelles et identitaires, sur le dialogue, possible ou pas, entre le Nord et le Sud, de même que sur l’harmonie, envisageable ou chimérique, entre les communautés.



Ainsi le roman maaloufien devient un environnement propice où se posent des questions diverses sur la culture, l’identité, l’altérité, le dialogue,…ces notions sont liées l’une à l’autre par une ligne très délicate presque intelligible : l’identité se forme à partir de la culture, et par rapport à l’altérité ; à son tour l’altérité ne pouvait être concrétisée qu’à travers le dialogue. Ces quatre notions exigent une présence des repères culturels, de la diversité, de la communication et de la compréhension qui sont toutes relatives à un moi parlant, celui de l’écrivain du roman, ou de son personnage, qui est souvent son reflet idéologique.



L’histoire de notre roman se déroule entre la Turquie, Le Liban, Haïfa, et la France, exposantles différents destins de ses personnages comme : Ossyane, Iffett, Ketabdar, Noubar, Clara, Bertrand, Nadia, Stefan, Mahmoud, Naïm…Tous ces personnages sont porteurs des valeurs culturelles différentes et des identités complexes qui refusent la segmentation comme celle de leur auteur qui se reconnait comme : « Moitié français, donc, et moitié libnais? Pas du tout ! L’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitié, ni par tiers, ni par plages cloisonnée. Je n’ai pas plusieurs identité, j’en ai une seule, faite de tous les éléments qui l’ont façonnée, selon un « dosage » particulier qui n’est jamais le même d’une personne à l’autre. ».



Dans LesEchelles du Levant, les figures de la réconciliation sont diverses, entre des personnages frontaliers sur lesquels se base tout le discours identitaire et culturelmaaloufien.La culture de dialogue assure sa transmission, entre ascendants et descendants, notamment dans la maison de Ketabdaroù cohabitent des cultures et des ethnies et des religions ; c’est une famille qui « n’est pas de celles que l’on peut qualifier de “normales” » ; elle est issue de l’un des empereurs du Levant ; un monarque ottoman déchu, puis assassiné dans son exilpolitique à Istanbul ; ce drame a poussésa fille bien-aimée, Iffett à la folie. Elle était l’exemple de la femme orientale instruite ; elle jouait au piano, parlait français et allemand, s’habillait à l’européenne. Elle épousera médecin Ketabdar (psychiatre), qui est un :« Descendant d’une famille de lettres originaire de Perse. » De cette union peu commune, du médecin et sa patiente, naissait le père d’Ossyane, un enfant maudit, dès son enfance : « Il était là contre nature, en quelque sorte, on voyait en lui non pas un don du Ciel mais le produit d’un commerce avec les ténèbres. »Dès lors, la maison de Ketabdar est devenue la maison des « pestiférés » ; fréquentée par les rebelles et les marginalisés de la société d’Adana, ces maîtres de cours et amis du père d’Ossyane. Après le décès du docteur Ketabdar, son fils qui n’a eu que seize ans transforme ses séances de cours à des longues heures de discussions, où tout a été discuté : art, politique, sciences, technologie…la maison est devenue le foyer de la parole libre et le lieu de rencontre des minorités de l’empire ottoman (surtout les Arméniens et les Grecs). C’est ainsi que le père d’Ossyanedevient un vrai révolutionnaire. Refusant les massacres des Arméniens en Turquie, le père d’Ossyane s’exile au Liban et semarie avec la fille de son ami Arménien Noubar, Cécile. Ce mariage était pour la Montagne (en 1914), un symbole de réconciliation entre toutes les communautés qui y cohabitent :



Il y aura une somptueuse réception, peut-être la dernière fête dans l’histoire où Turcs et Arméniens chanteront et danseront ensemble. Y assistera, entre mille autres, le gouverneur de la Montagne, en ce temps-là un Arménien […], il improvisera pour l’occasion un discours sur la fraternité retrouvée entre les communautés de l’Empire- « Turcs, Arméniens, Arabes, Grecs et Juifs, les cinq doigts de l’auguste main sultanines »- qui sera copieusement applaudi.



Les enfants naissants de ce mariage: Iffett, Ossyane, Salem, reçoivent un enseignement libre comme celui de leur père, dans le but de former leur esprit révolutionnaire, pour devenir les leaders d’un Orient paradisiaque où tout le monde vivait en paix. Iffett se marie avec un banquier ottoman, originaire de Haïfa, de confession musulmane appelé Mahmoud, en premier temps, le couple habite en Egypte, puis il s’exile en Australie. Tandis que Salem était la honte de sa famille, il est devenu un contrebandier.



Quant à Ossyane, son destin était différent, il était le symbole des unions impossibles ; un Turc qui portait un surnom arménien (Bakou diminutif d’Abaka qui veut dire avenir), et un autre faux-prénom de guerre français, Picard (né d’une mère musulmane et d’un officier français).Il voyage d’abord en France pour faire ses études en médecine,et là-bas il fait la connaissance de Clara, une juive originaire de l’Autriche, rescapée des camps de concentrations nazis, et qui trouve refuge, en Suisse, puis en France, où elle adhère le mouvement clandestin de la Résistance. Après la deuxième guerre mondiale, Clara s’installe à Haïfa avec son oncle Stefan, et devient une militante dans le PAJUW, un groupe qui essaie de réconcilier entre les Arabes et les Juifs.



Du mariage d’Ossyane et Clara, est née Nadia dont l’identité est une fierté qu’elle porte, mais difficilement, elle doit vivre son identité paradoxale, dans un contexte oriental affaibli par la guerre entre Musulmanset Juifs ; Nadia est un être frontalier par excellence :« Oui, parfaitement, musulmane et juive ! Moi, son père, je suis musulman, du moins sur le papier ; sa mère est juive, du moins en théorie. Chez nous la religion ne se transmet par le père ; chez les juifs, par la mère. Nadia était donc musulmane aux yeux des musulmans, et juive aux yeux des juifs »Désespérée, enfin, de cet Orient en guerres interminables, Nadia le quitte pour poursuivre ses études en France, puis elle s’est mariée et s’est installée au Brésil.



À ces personnages principaux, s’ajoutent d’autres secondaires comme Noubar et son fils Aram, qui, à cause de la haine et la guerre grandissantes en Orient, choisissent l’exil, d’abord au Liban, puis en Amérique.



Ajoutons à ces personnages frontaliers,  les rapports des amitiés et amoursqui viennent pour consolider les valeurs interculturelles des personnages maaloufiens. D’abord l’amitié entre le père d’Ossyane et Noubar, son maître de science ; ils ont formé avec d’autres passionnés de la photographie « le Cercle Photographe » ; cette passion commune devient par la suite la cause de leur exil au Liban pour vivre en paix avec son ami, surtout dans un contexte de la discrimination ottomane exercée sur les Arméniens, en Turquie. De plus, Noubar épouse la fille unique, et le seul bien,de son ami intime. Donc, l’amitié devient une issue certaine d’une situation culturelle et identitaire humiliante. D’autre part, le père d’Ossyane emprisonné, suite au scandale familial causé par Salem, sera libéré grâce à son ami français, le colonel d’Héloire. De sa part, Ossyanedevient un héros de la Résistance grâce à la connaissance de Bertrand. Et c’est par l’intermédiairede Bertrand que Nadia a pu s’informerdu passé glorieux de son père, et décide de le  sauver. Après la fuite d’Ossyane de l’asile psychiatrique, Bertrand lui a facilité son passage en France afin de retrouver Clara, son amour perdu.



Un autre ami qui a rendu beaucoup de services à Ossyane, c’était Jacques-des-faux- papiers ; grâce à qui Ossayne a pu avoir une nouvelle identité pour échapper à la gendarmerie, puis, de la prison quand Jacques-des-faux- papiers. Ce même ami a aidé Ossyane et Clara à arranger leur mariage, à Paris.À Haïfa, Ossyane s’est lié d’amitié avec un autre personnage appelé Naïm, un industriel ruiné d’Alep, un membre du groupe PAJUW, et dont la maison était un habitat favorable pour Ossyane et Clara, pendant leurs déplacements, entre Beyrouth et Haïfa.



Quant à Nadia, elle a trouvé dans Christine la meilleure confidente dans ses malheurs Christine prête, joyeusement, son identité pour aider son amie à exécuter son plan de voir son père et le reconquérir:



Ma fille disposait désormais d’un passeport au nom de Christine, mais avec sa propre photo, elle pouvait enjamber les frontières sans que personne puisse soupçonner son vrai nom, sa nationalité, ou sa ville natale. Quant à son amie, en rupture d ban avec sa famille, cela l’amusait de se défaire pour quelques temps d’un patronyme étouffant pour assumer l’identité d’une fille à la fois musulmane et juive.



Outre l’amitié, l’amour qui unissait Ossyane et Clara s’offre comme une belle opportunité pour développer un discours interculturel et intercommunautaire voire interreligieux, en Orient: « Nous voulions que notre amour soit le symbole d’une autre voie. »Ossyane épouse Clara avec la bénédiction de son père et son oncle Stefan. La fête de leur mariage était l’occasion de réconcilier les irréconciliables, Stefan le Juif installé récemment en Palestine, et Mahmoud, le Palestinien de Haïfa :



Qu’on imagine la scène : d’un côté Mahmoud, fils d’une grande famille musulmane de Haïfa, qui avait dû quitter sa ville à cause de la tension qui y régnait entre Arabes et Juifs, et qui pressentait déjà qu’il ne pourrait probablement plus y retourner ; de l’autre côté Stefan. Juif d’Europe centrale, venu précisément s’installer dans cette même ville ; tous deux proches des nouveaux mariés.



Cette scène qui était si gênante pour Ossyane est finie par être arrangée, quand son père les ai traités « en humains » ; et contrairement au prévu, Mahmoud et Stefan sont « partis ensemble d’interminable éclat de rire… » ; et ils ont étonné tous les invités en adressant « à l’unisson, un petit geste de leurs verres relevés » manifestant leur entente et leur consentement pour ce mariage.



À Haïfa, le mariage d’Ossyane et Clara était l’occasion de réunir Juifs et Arabes, malgré le contexte de la guerre arabo-israélienne : « Le monde entier était résigné à voir Arabes et Juifs s’entre-tuer pendant des décennies, des siècles peut-être, tout le monde s’était fait une raison, les Anglais et les Soviétiques, les Américains et les Turcs… tout le monde à l’exception de nous deux, et de quels rêveurs comme nous. Nous voulions empêcher ce conflit… » .



La symbolique du titre du roman, s’ajoute à ces valeurs réconciliatrices ; il désigne les lieux où se confinent l’Orient et l’Occident : la France et la Montagne du Liban. Les deux espaces représentent un exemple parfait du métissage culturel et identitaire. La France et ses villes ont été, au long du récit, des lieux de rencontre des générations et des cultures différentes. Dès le début du roman, Paris marque la rencontre d’un journaliste libanais et Ossyaneen juin 1976: « il [Ossyane] avait sa photo dans mon manuel d’histoire.»À Marseille, Ossyane goûte pour la première fois sa liberté, c’est là où il réalisera ses rêves de jeunesse, loin de l’Orient :



En France je pouvais enfin suivre mes propres rêves. Manger à ma propre table. Ce n’est pas qu’une image. Je me souviens de la première fois où je m’étais attablé à la terrasse d’un bistrot, sous un auvent. À Marseille, peu après l’arrivée du bateau, avant de prendre le train pour Montpellier. La table était petite, en bois épais, et gardait des traces de canif. Je m’étais dit : le bonheur ! Le bonheur d’être ailleurs ! Le bonheur de n’être pas assis à la table familiale !



À Montpellier qu’Ossyane s’installe pour poursuivre ses études où il a été bien traité par ses collègues et ses professeurs de l’université : « …j’avais gagné, dès mon arrivée, une certaine estime. J’étais un peu le prodige étranger, plus jeune que la plupart d mes condisciples, et toujours les meilleurs notes. Par ailleurs affable, souriant, timide sans excès. Bon camarade, en somme. Tout heureux dans ce monde nouveau, où, à vrai dire rien n’éblouissait, mais où j’avais une foule de petits étonnements.» Et c’est à Paris qu’Ossyane et Clara rédigent leur acte du mariage, pour fuir l’impossibilité de se marier religieusement à Beyrouth. À la fin du récit d’Ossyane, le journaliste-narrateur assiste à la réconciliation entre Ossyaneet son passé et son amour de vie, Clara, à Paris



Quant à la Montagne du Liban dont l’histoire officielle est celle d’unpays où se sont succédées plusieurs civilisations : «…d’abord l’Antiquité glorieuse, des cités phéniciennes aux conquêtes d’Alexandre ; puis les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mamelouks ; ensuite les quatre siècles de domination ottomanes ; enfin les deux guerres mondiales, le mandat français, l’indépendance. »C’est ainsi qu’à la Montagne du Liban que Noubar, le grand-père maternel d’Ossyane, fuit les massacres des Turcs contre les Arméniens : « Il est vrai qu’on était, là-bas aussi, en territoire ottoman. Mais il y avait pour la Montagne, depuis un demi-siècle, un statut d’autonomie, garanti et surveillé de près par les Puissances.si ce n’était pas, pour les Arméniens, le refuge idéal, c’était encore la destination la moins hasardeuse. Et en tout cas la moins inaccessible. »



Le Liban est un pays qui possède une nature linguistique composite, où chaque habitant peut préserver sa dignité et demeurer fier de ses origines :


Finalement, pour nous, qui appartenions malgré tout à la famille ottomane, ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour nous installer au Liban. Que voulez-vous, nous n’avons rien choisi, c’est l’Histoire qui a choisi pour nous. Cela dit, je ne veux pas paraitre injuste, ni ingrat. S’il est vrai que les gens de Beyrouth préféraient parler le français et oublier le turc, pas une seule fois ils ne nous ont laissé sentir que nous pourrions être indésirables. Tout au contraire, ils semblaient à la fois amusés et fiers que « l’occupant » d’hier soit revenu en quelque sorte habiter parmi eux en qualité d’invité. J’ai toujours été traité, par tout le monde, les proches et les étrangers, comme une sorte de petit prince. Jamais je n’ai senti que je devais cacher mes origines, sinon par pudeur, par souci de ne pas en imposer…


La dernière figure du dialogue et de réconciliation entre les cultures et les religions au Levant estla guerre, qui était souvent source de dégât moral et matériel, dans les Echelles du Levantelle s’avère un moment de réconciliation et une allée vers l’Autre; c’est à grâce à la deuxième guerre mondiale, que plusieurs Levantins ont secouru l’Occident: « la légende disait que pendant la Seconde Guerre, quelques hommes du Vieux pays étaient allés se battre, en Europe, dans les rangs de la Résistance, et qu’à leur retour, ils avaient été accueillis en héros. »Ossyane a connu Bertrand, Jacques-des- faux-papiers, Danièle, Bruno… pendant son militantisme dans la Résistance. Cette dernière était aussi le contexte de la naissance d’un amour entre Ossyane et Clara : « Et puis surtout, il y avait Clara. S’il y avait fallu la guerre pour nous réunir, c’est dans la paix que j’avais envie de vivre avec elle. ».


D’ailleurs, les différentes guerres qui ont secoué le Levant, durant son histoire, ont renforcé les liens entre plusieurs communautés, à l’exemple du père d’Ossyane et son ami Noubar. Egalement, elles ont tissé des liens familiaux entre les Levantins et leurs ex-colonisateurs, à ce propos, Ossyane transmet à son interlocuteur l’histoire d’un couple franco-libanais qui dirige un restaurant, à Lyon :


…elle s’est mise à parler. Son mari était un militaire, jadis, dans l’armée du Levant, avec le Général Gouraud. Son campement n’était pas loin du village où elle vivait. Il venait parfois acheter des œufs à la ferme de ses parents. Ils se parlaient de temps à autre, et se faisaient des signes. Ils s’étaient mariés juste après la guerre, avaient vécu dix ans à Beyrouth, avant de s’installer en France en vingt-huit, pour ouvrir ce restaurant.


Et finalement, grâce à l’éclatement de la guerre civile au Liban, Ossyane a pu se sauver miraculeusement de l’asile psychiatrique où il a été enfermé plus de vingt-ans, pour quitter le Liban et rejoindre ses amis et son épouse, en France.


En guise de conclusion, les Echelles du Levant,est un roman qui offre l’occasion de transmettre un discours politique, culturel voire idéologique commun à tous les intellectuels orientaux, qui ont expérimenté le mal de vivre dans un Orient déchiré par les guerres et les incompréhensions intercommunautaires et interreligieuses, afin de redresser les ponts du dialogue et de réconciliations entre les frères-ennemis. Les personnages maaloufiens illustrent, à travers leurs attitudes, un exemple parfait d’une entente interculturelle et interreligieuse et intercommunautaire, défiant la guerre, et l’exil, et la violence… en considérant l’Autre dans son humanité, et dans son pouvoir d’aimer et donner espoir au monde actuel d’être meilleur.



Références bibliographiques


  1. BOUVET, Rachel et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014.
  2. Michel, « Identité », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie.
  3. COLIN, Patrick, « Identité et altérité », Cahiers de Gestalt-thérapie 2001/1 (n° 9).
  4. EMERY BRUNEAU, Judith, « La littérature engagée », Québec français 131 (2003).
  5. LORENT,Fanny, « Discours littéraire », socius : ressources sur le littéraire et le social.
  6. MAALOUF, Amin, Les Echelles du Levant, Grasset, Paris, 1996.
  7. MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières,
  8. STALLONI Yves, Les Genres littéraires, (coll. 128), Armand Coli Paris, 2008.

Rachel Bouvet et all., Amin Maalouf, une œuvre à revisiter, (Rachel Bouvet et Soundess El Kettani, dir.), Presses de l’Université du Québec, Canada, 2014, p. 01.


Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset &Fasquelle, Paris, 1998, p. 10.


Nous avons emprunté ce sous-titre d’Amin Maalouf qui évoque les êtres frontaliers dans les termes suivants : « Tous concernent des êtres portant en eux des appartenances qui, aujourd'hui, s'affrontent violemment; des êtres frontaliers, en quelque sorte, traversés par des lignes de fracture ethniques, religieuses ou autres. ». Voir : Amin Maalouf, Les identités meurtrièresop.cit., p. 13.



Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 17.

Ibid., p. 24.

Ibid., p. 25.

Ibid., pp. 24-25.

Ibid., p. 25.

Ibid., p. 32.

Ibid., p. 31.

Ibid., pp. 33-34.

Ibid., p. 43.

Ce prénom veut dire : Insoumission, Rébellion, désobéissance, marquant le rêve  que nourrit en lui son père : ibid., p. 56.

Ibid., p. 49.

Ibid., p. 116.

Ibid., p. 208.

Ibid., pp. 119-120.

Ibid., p. 82.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 90-91-92.

Ibid., pp. 127-128.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 212.

Ibid., p. 239.

Ibid., p. 122.

Ibid., p. 34

Ibid., pp. 37-38-39.

Ibid., pp.119-120.

Ibid., pp. 77-78.

Ibid., pp. 213-214.

Ibid., p. 246.

Ibid., p. 93.

Ibid., pp. 103-104-105.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 158.

Ibid., p. 161.

Ibid., p. 216.

Ibid., p. 217.

Ibid., p. 160.

Ibid., pp. 148-149.

Ibid., p. 152.

Ibid., p. 153.

Ibid., p. 154.

Ibid.

Ibid., p. 160.

Amin Maalouf, Les Echelles du Levantop.cit., p. 09.

Ibid.

Ibid., pp. 62-63.

Ibid., p. 68.

Ibid., p. 70.

Ibid., pp. 253-254.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 41.

Ibid., p. 57.

Ibid., p. 10.

Ibid., p. 150.

Ibid., pp.37-36.

Ibid., p. 101.

 

Amin Maalouf Le dialogue interculturel et interreligieux

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