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Par: Djamel Eddine Bouabdallah / Chef d’entreprise/ Président du Cercle de Commerce et d’industrie Algéro-Espagnol

Entre l’Algérie et l’Espagne les relations économiques ont toujours été au beau fixe. Les échanges recensés par l’histoire remontent au premier millénaire, l’échange est naturel de par la proximité géographique – avec de part et d’autre des façades sur la méditerranée- et de par leurs incursions respectives et successives.

Aujourd’hui les deux pays ont consolidé cette relation par une connexion énergétique durable à travers les deux gazoducs, le PDF (Pedro Duran Farell) et Medgas. L’idée fut et demeure toujours de livrer le gaz Algérien via l’Espagne aux clients européens. Il est clairement établi que cette coopération a pour but logique de soutenir les échanges des deux côtés et de consolider d’autres secteurs d’activités.

Il est à rappeler que les deux économies ont connu de grandes mutations. L’Espagne a subi une sérieuse crise économique qui a couté sept difficiles années d’abnégation et de sacrifice de 2008 à 2015 pour enfin renouer avec la croissance, enregistrant ainsi la meilleure performance européenne en 2016 et 2017.

L’Algérie ne fut pas épargnée, depuis 2014 jusqu’aujourd’hui la balance des transactions demeure négative engendrant un déficit budgétaire et un endettement public crescendo par voie de conséquence.

En analysant le tableau I ci-dessous relatif aux échanges enregistrés sur la balance commerciale algérienne, en comparant l’Espagne avec le reste du monde il y a lieu de constater qu’ils sont constants en volumes quantitatifs. Moins d’opérations d’importations Algériennes depuis 2015 dues au déséquilibre financier subi après la chute des prix des hydrocarbures. Cette tendance continuera jusqu’en 2020 selon les prévisions. Des biens de consommation essentiellement ont été interdits à l’importation en 2017 et 2018. La balance de transaction connait un déficit manifeste depuis 2015. Actuellement la tendance du déficit est à la baisse, ceci est dû à la remontée des prix des hydrocarbures en fin 2017 et début 2018. Concernant les importations espagnoles à partir de l’Algérie la tendance est linéaire en volume quantitatif, en volume valeur les chiffres ont été divisés presque par trois entre 2014 et 2016 pour ensuite enregistrer une augmentation en 2017.

Mis à part ces années de déséquilibre financier dû à la baisse sensible des prix des hydrocarbures en 2014, 2015 et 2016, la situation des échanges commerciaux reste généralement régulière.

D’autre part, Il y a eu des échanges intéressants en termes de services : les entreprises espagnoles ont participé dans la construction, l’infrastructure, tel que les chemins de fer, ports, aéroports, tramways, usines de dessalement, centrales électriques, et autres grandes réalisations pendant toute la période des trois grands plans quinquennaux algériens 2000 – 2015. Les importations algériennes n’ont jamais cessé, essentiellement des matières intermédiaires et matériaux de construction.

L’Espagne et l’Algérie ont effectué leur premier branchement gazier en 1999, PDF gazoduc et leur second en 2011, Medgas.

Sur le plan de l’investissement, les échanges sont faibles si nous venons à tenir compte des performances de l’Espagne et du potentiel algérien. Le tableau III nous indique clairement que l’Algérie n’est pas traditionnellement un pays attractif aux IDE et le tableau II nous renseigne sur les flux des IDE de l’Espagne à la fois entrants et sortants. Les entreprises espagnoles ont beaucoup investi à l’étranger.

Cette internationalisation intervient suite aux nouvelles inflexions de la politique économique née de la crise 2008-2015. En 2017 l’Espagne attire d’avantage d’IDE et a enregistré 140% de plus qu’en 2016 ce qui la place au 6ème rang mondial en termes de stock d’IDE. Les IDE sortants s’élèvent à plus de 34 milliard de dollars en 2016 essentiellement en Europe, Amérique du sud et Etats Unis d’Amérique. Certaines entreprises proactives envers le marché algérien et maghrébin ont décidé de réaliser des projets d’investissement Greenfield et ont très bien réussi malgré les lenteurs administratives, comme Fertial (investissement mixte Fertiberia-Asmidal), Gallina blanca (GB Foods), Dulcesol ainsi que d’autres PME dans divers secteurs. En Espagne deux sociétés algériennes ont investi et sont pour l’essentiel publiques : Sonatrach et Algérie télécom. Ces opérations d’investissement de part et d’autre sont loin de constituer un dispositif-investissement imposant de grands moyens et une vision à moyen et long terme.

Que faut-il améliorer pour intensifier cet échange productif entre les deux pays ?

Pour inviter les entreprises étrangères à venir investir en Algérie, les pouvoirs publics algériens devraient améliorer sensiblement la « location advantage », à savoir la mise en oeuvre de politiques de promotion des IDE et rendre ainsi l’Algérie un pays d’accueil attractif. Par ailleurs, nous avons observé des fluctuations importantes concernant le classement par pays du climat d’affaire. Bien que certaines réformes soient bel et bien accomplies, elles ne sont pas pour autant communiquées ou mal communiquées à ces organismes de classement, tels que doing business de la banque mondiale et le FMI.

En général deux dispositions du code de l’investissement algérien sont décriées par les investisseurs étrangers :

Une mobilité freinée du capital, que ça soit au niveau du rapatriement des bénéfices ou du replacement du capital propre dans d’autres filiales à l’étranger. En effet, la mobilité du capital n’est pas flexible en raison d’un control strict opéré par la banque d’Algérie. Le système monétaire est contrôlé du fait que l’Algérie s’appuie que sur les exportations des hydrocarbures et importe une large et importante gamme d’équipements et de biens de consommation. Il est évident que pour la promotion de l’IDE cette mesure devrait être revue et adaptée aux besoins des entreprises étrangères ;

2- La règle 51 – 49, ouvrant le droit à l’entreprise étrangère de ne détenir que 49% du capital social. A ce niveau les avis sont mitigés. Il est clair que pour des entreprises de services, la règle ne constitue pas un frein majeur. en revanche pour les entreprises manufacturières, il est difficile lorsqu’on détient la technologie et le savoir-faire de se contenter de 49% des parts et ce malgré la possibilité de contrôler le management. C’est le principe même de la propriété qui est remis en cause notamment dans des productions à forte intensité capitalistique, selon de nombreux industriels que j’ai rencontré.

Partant de ce constat, seule une politique tranchée de promotion des IDE pourrait conforter la position du territoire Algérie avec les firmes multinationales et les entreprises étrangères les incitant à investir dans le pays. Pour ce faire à mon sens, un observatoire devrait être créé pour suivre l’évolution de la promotion des IDE, constitué d’un large spectre de représentants d’intervenants direct et indirect dans l’amélioration du climat d’affaire de la destination Algérie. Aussi, l’état algérien devrait faciliter les démarches à l’égard des entreprises nationales pour s’internationaliser. Ces mêmes entreprises évoluant à l’international seraient les mieux à même en capacité de drainer l’IDE en Algérie car nombreux sont les avantages méconnus et non mis en évidence. La preuve en est que rares sont les entreprises étrangères qui procèdent au désinvestissement en Algérie.

Par ailleurs du côté espagnol il me semble que les entreprises devraient développer plus de lucidité à l’endroit du potentiel marché qui se dessine à la fois en domestique qu’en régional (subsaharien). L’Algérie comptera 50 millions d’habitants à l’horizon 2025 et les pouvoirs publics continuent d’investir dans l’infrastructure qui la rapproche de plus en plus des pays du sahel : les ramifications routières, la transsaharienne, le grand port de Cherchell et les nouveaux aéroports, etc.

Sans oublier les nouvelles découvertes de gisements gaziers et miniers à travers l’ensemble des territoires du grand sud du pays.

En conclusion je pense qu’eu égard aux développements régionaux et aux besoins que manifeste le continent africain pour son développement et son essor, des pays comme l’Espagne et l’Algérie de par de leurs positions géographiques et de leur connexion économique devraient trouver toute l’intelligence pour adresser l’Afrique sub-saharienne, ceci en utilisant tous les facteurs de Production.

Tableau I:
Balance Commerciale Algérienne Globale et avec l’Espagne

Tableau II
IDE Espagnols : 45,2 % du PIB en 2016 Chiffres en Milliard €

Tableau III:

Espagne-Algérie : vers d’avantage d’échanges productifs ?